Cinéma 2025 : Top 10 !

Voici le temps du traditionnel top 10 ! En début d’année, « The Brutalist » de Brady Corbet m’a profondément marqué. Ce fut une expérience cinématographique assez unique. Plus tard dans l’année, « Valeur sentimentale » de Joachim Trier m’a laissé sans voix…

J’aurais aimé voir « L’épreuve du feu », « Météors », « Dossier 137 », « Oui », « Queer »… J’ai détesté « Sirat ».

Et vous, vos coups de coeur ?

1) The Brutalist

2) Valeur Sentimentale

3) Black Dog

4) Mektoub my Love : Canto Due

5) Resurrection

6) Eddington

7) Deux soeurs

8) Enzo

9) Une bataille après l’autre

10) Sinners

Histoires japonaises

Voyager au Japon grâce aux livres est souvent synonyme de plaisir. Haruki Murakami est une valeur sûre depuis plusieurs décennies déjà. J’ai adoré me plonger dans son nouveau roman au titre énigmatique. Je ne connaissais pas Toshikazu Kawaguchi et sa saga autour du café ni « Tokyo, ces jours-ci » , le manga de Taiyô Matsumoto . Deux très belles découvertes.

« La cité aux murs incertains » est un roman déroutant et il est donc assez difficile d’en faire un résumé. Comme toujours avec Murakami, le lecteur navigue entre rêve et réalité, passé et présent. Les personnages dialoguent avec des fantômes, tentent de guérir d’anciennes blessures. Il est question d’amour perdu, de deuil, de pardon. C’est onirique et psychanalytique à souhait. La construction du roman est fascinante car très répétitive. On se laisse porter et au final on est ému par tant de poésie.

De la poésie et du fantastique, il y en a aussi dans le livre « Tant que le café est encore chaud » . Ce roman n’a pas la même ampleur que celui de Murakami mais le lecteur se laisse séduire par une petite musique très douce qui rend toute la galerie de personnages très attachante. L’action se déroule principalement dans un minuscule café de Tokyo, le Funiculi Funicula. Une légende urbaine circule autour de ce café : il y serait possible de voyager dans le temps. Le patron Nagare et sa femme Kei, la serveuse Kozu et une mystérieuse femme en blanc accueillent les âmes en peine… J’ai trouvé ce roman délicieux.

« Tokyo, ces jours-ci » est un manga en trois volumes qui explore les coulisses de l’industrie du manga au Japon. Un éditeur reconnu dans ce domaine démissionne après 30 années dans la même maison d’édition. Mais sa passion pour les histoires et le dessin le pousse à recontacter des dessinateurs dont il s’était occupé dans le passé. On découvre ainsi la manière de travailler de plusieurs mangakas, les affres de la création faites de périodes d’inspiration et de découragement. Le rôle de l’éditeur est souvent primordial pour permettre à un projet d’arriver à son terme. Le dessin de Taiyô Matsumoto est très beau et l’histoire originale.

DiCaprio, Palme d’or, Godard

Trois films à l’affiche en ce moment retiennent l’attention : « Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson avec Leo DiCaprio en vedette, « Un simple accident » de Jafar Panahi , la palme d’or 2025 et « Nouvelle Vague », nouveau film de Richard Linklater qui rend hommage à Godard.

« Une bataille après l’autre » est un film d’action réalisé par un grand cinéaste connu pour son oeuvre exigeante (« Magnolia », « Phantom Thread »…). Pas une minute de répit pour le spectateur pendant près de 2h45 ! Le film impressionne tant il est rythmé, magnifiquement monté. On se s’ennuie pas une seconde car c’est à la fois prenant, drôle, intime et politique. Il est question de révolution, de lutte contre l’arbitraire mais aussi de liens filiaux et d’amour paternel… DiCaprio m’a une nouvelle fois subjugué par son authenticité et sa justesse.

« Un simple accident » aborde des questions très profondes ancrées dans l’histoire contemporaine de l’Iran, le pays où fut emprisonné Jafar Panahi et où il a réussi à tourner le film de façon clandestine. Le film a les allures d’une farce : les victimes d’un tortionnaire retrouvent par hasard (à la faveur d’un « simple accident » de voiture) leur bourreau devenu père de famille respectable. La haine et le ressentiment animent ces personnages mais que faire ? Se venger ? Pardonner ? Ce n’est pas le chef d’oeuvre attendu mais une scène très intense, à la fin du film, vaut le déplacement.

« Nouvelle Vague » est un vrai petit bijou. Pour les amoureux du cinéma, c’est un régal car on passe un délicieux moment avec Jean-Luc Godard, Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, et tant d’autres, réunis sur le tournage du film « A bout de souffle ». Le casting est magnifique : Guillaume Marbeck, Aubry Dullin et Zhoey Deutch sont plus vrais que nature. La reconstitution du Paris des années 50 est très réussie. C’est une plongée dans l’artisanat du cinéma tel que le concevait Godard, à la fois exigeant et très libre. Cela donne envie de créer, d’écrire des histoires, de tourner.

Le Lotissement

Rentrée littéraire 2025

Le titre du nouveau roman de Claire Vesin qui paraît en cette rentrée est très bien choisi. « Le Lotissement », c’est un lieu, une époque, un milieu social. C’est l’univers des pavillons (ici situés en banlieue parisienne) où résident des familles aisées et moins aisées. C’est un époque qui renvoie aux années 80, magnifiquement décrites par l’autrice par mille et un détails qui vont des programmes télévisées de l’époque aux vêtements que l’on met aux enfants (les fameuses cagoules qui grattent). C’est aussi un monde en soi, quelque peu étouffant, avec les inévitables commérages, les amitiés et inimitiés entre voisins.

Plusieurs éléments viennent perturber cet univers qui semble si paisible. La construction de HLM à proximité du lotissement mais aussi l’arrivée d’une nouvelle institutrice à l’école. L’éducation des enfants est un sujet sensible et Suzanne Bourgeois détonne car elle jeune, belle, originaire de Guadeloupe. Elle débute dans le métier et sa passion pour la poésie imprègne son enseignement. Plusieurs mères expriment leurs inquiétudes quant au contenu de ses cours. Cette nouvelle enseignante est-elle à la hauteur ?

Claire Vesin excelle à décrire l’atmosphère délétère qui peu à peu s’installe au sein de la petite communauté que forment les habitants du lotissement. Elle choisit d’alterner les points de vue en donnant la parole à de nombreux protagonistes : la narratrice principale, ancienne élève de Mme Bourgeois devenue adulte, Béatrice, mère de famille inquiète et pas toujours bienveillante, Elise, la fille adolescente de Béatrice en pleine crise, Suzanne, la nouvelle « maîtresse » comme l’appelle les enfants. Ce personnage d’institutrice est émouvant. Comme le sont souvent les enseignants en début de carrière, elle n’est pas sûre d’elle mais entend transmettre sa passion pour la poésie coûte que coûte. La solitude la fragilise petit à petit et les rumeurs vont aller bon train.

Claire Vesin sait tenir son lecteur en haleine par une construction narrative habile. C’est quasiment un polar avec les années 80 en toile de fond. Plusieurs sujets sont abordés (le racisme, l’hypocrisie bourgeoise, les tourments adolescents) avec beaucoup de talent et d’acuité. C’est une autrice à suivre.

Aux éditions La Manufacture de livres

Valeur sentimentale

Film de Joachim Trier

Avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter

Date de sortie en France : 20 août 2025

Certains films donnent une impression de perfection. A la sortie de la salle, le spectateur est sonné. Tout paraît maîtrisé : la construction du récit, l’inventivité de la mise en scène, le jeu habité des comédiens et comédiennes… « Valeur sentimentale » de Joachim Trier est l’un de ces films qui fait dire qu’un miracle a eu lieu sur l’écran. La force d’un tel film tient aussi à tout ce qu’il ne montre pas : les liens invisibles entre les êtres, les blessures qu’ils s’infligent, le poids du passé.

Il y a le film dans le film. Nora (Renate Reinsve, toujours aussi impressionnante) se voit proposer par son père, cinéaste de renom, de jouer dans son prochain film. Le contexte est particulier car la mère de Nora vient de mourir. Ses parents étaient séparés depuis longtemps et les relations entre le père et la fille sont distantes. Nora est une comédienne accomplie mais souffre d’un manque de confiance en elle parfois handicapant. Elle refuse catégoriquement de répondre à la demande de son père, pourtant insistant. Elle ne veut pas travailler avec lui, se rapprocher de lui.

Le film, autour de cette trame, fait comprendre subtilement les dessous de la relation complexe entre le père et la fille, explore les enjeux psychiques qui la sous-tendent. Le père veut faire jouer à Nora le rôle de sa propre mère décédée dans des circonstances tragiques. On pénètre donc au coeur de névroses familiales, de souffrances venues du passé. Le film n’est pas un face à face car Nora peut compter sur le soutien de sa soeur Agnes, qui elle aussi fut, plus jeune, « utilisée » comme actrice par son père.

« Valeur sentimentale » est l’histoire un homme obsédé par l’histoire qu’il veut raconter. Cette obsession peut paraître égoïste mais ce que montre, peut-être, le film c’est que la création artistique est une façon, parmi d’autres, de se soigner d’une histoire trop lourde à porter.

Fitzgerald, Wharton, New York …

« Gatzby le magnifique » et « Sur les rives de l’Hudson » : c’est un grand plaisir de se plonger dans ces deux livres qui ont beaucoup de points communs. C’est tout d’abord New York qui est à l’honneur, la ville de tous les possibles et aussi celle des plus grandes désillusions. Les différents personnages évoluent dans une société dans laquelle la réussite économique, l’accumulation de richesses et la recherche de la renommée sont les maîtres-mots. Le succès, par tous les moyens ou presque, est l’objectif à atteindre. Certains réussissent brillamment, d’autres pas. Mais qu’en est-il de l’amour ?

« Gatzby le magnifique » est un livre étonnant car son personnage principal est très mystérieux. Il possède une gigantesque demeure sur les bords de l’Hudson qui accueille régulièrement des fêtards venus en nombre de New-York. Ces derniers profitent sans vergogne du luxe mis à disposition lors de soirées mémorables qui finissent souvent très tard. Mais quelles sont les motivations profondes de Gatzby ? Comment a t-il accumulé une telle richesse et qu’est-ce qui explique cette débauche de moyens ? C’est à travers les yeux de son voisin (le narrateur), nouvellement installé, que le lecteur découvre petit à petit la complexité du personnage. Au coeur du récit, un amour impossible dans l’Amérique post Première Guerre Mondiale. J’ai adoré le style de Fitzgerald et les surprises du récit.

Avec Edith Warthon, c’est la gloire littéraire qui est coeur des préoccupations du jeune héros nommé Vance Weston. A 19 ans, il quitte le cocon familial pour se rapprocher de New York, une ville qui le fascine. Les rêves pleins la tête, il tente de survivre malgré les nombreuses difficultés qui se présentent devant lui. Face aux contingences du quotidien, aux difficultés financières qui s’accumulent, il est bien difficile pour Vance de vivre de sa plume. Edith Wharton décrit très bien l’enfermement du personnage qui aspire à devenir un grand écrivain mais que la vie n’épargne pas. Comme dans Gatzby, il est question d’un amour déçu. Dans les deux livres, le regard porté sur le sort des femmes (souvent contraintes de se marier par intérêt) est très intéressant.

Vue sur la rentrée littéraire…déjà !

Grâce au formidable blog Sur la route de Jostein, je découvre chaque année en avant-première les nouveautés que nous préparent les éditeurs français pour la fameuse rentrée littéraire de septembre. Voici les romans qui me font de l’oeil :

J’avais beaucoup aimé « Mahmoud ou la montée des eaux » d’Antoine Wauters, « Au vent mauvais » de Kaouther Adimi, « Les Argonautes » de Maggie Nelson, « L’enfant de l’étranger » de Alan Hollinghurst. J’ai lu beaucoup de romans d’Amélie Nothomb dernièrement. « Pétronille » et « L’impossible retour » m’ont beaucoup plu.

Enzo

Film de Laurent Cantet réalisé par Robin Campillo

Avec Eloy Pohu, Elodie Bouchez, Maksym Slivinskyi…

Date de sortie en France : 18 juin 2025

Que pense Enzo ? Le regard sur l’affiche dit beaucoup des sentiments du personnage qu’incarne avec beaucoup de justesse le jeune Eloy Pohu. Enzo a 16 ans, on le découvre dès le début du film sur un chantier de BTP, quelque peu malmené par un collègue. Son patron se met aussi en colère contre lui. Il est trop rêveur, pas assez concerné. Est-il vraiment à sa place ?

On découvre assez rapidement qu’Enzo a connu l’échec scolaire, qu’il en rupture avec son milieu social d’origine. Son frère poursuite des études brillantes, ses parents exercent des métiers où l’intellect occupe une place importante. Toutefois, le jeune homme est entouré d’amour, son frère, sa mère (la lumineuse Elodie Bouchez) ne le jugent pas. Seul le père d’Enzo montre beaucoup d’inquiétude et s’agace du manque d’ambition de son fils. Cette tension avec le père est au cœur du film. Enzo veut se dégager de la pression paternelle et semble chercher d’autres modèles de masculinité. Une rencontre sur le chantier va bouleverser beaucoup de choses.

Laurent Cantet et Robin Campillo (qui a réalisé le film après la mort de son ami) nous parlent avec brio des tourments de l’adolescence. Le personnage d’Enzo émeut car il ose devenir peu à peu lui même malgré ses fragilités. Il s’oppose à ses parents, est à l’écoute de ses désirs. Enzo est un personnage intéressant car le spectateur a du mal à percer son mystère. La fin ouverte nous laisse imaginer beaucoup de chemins possibles pour le personnage…

Paris noir, Le bon Denis, Sinners

Une expo, un livre, un film, trois coups de cœurs ! Ont-ils un lien les uns avec les autres ? Qui sait ? Peut-être…

Le Centre Pompidou met à l’honneur des peintres, des sculpteurs, des plasticiens, des photographes, souvent méconnus; dans une très belle exposition intitulée « Paris noir. Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950-2000« . Le nombre d’œuvres exposées est impressionnant. Le visiteur découvre le travail de Avel de Knight, Bob Thompson, Iba N’Diaye Beauford Delaney, Ed Clark, Guido Llinas ou Emil Cadoo dans un parcours original et stimulant dont l’axe majeur s’articule autour de la pensée d’Edouard Glissant et le concept de créolisation.

Marie Ndiaye publie « Le bon Denis » dans la collection « Traits et portraits » dans laquelle ont été, par exemple, publiés les ouvrages de Chantal Thomas, Yannick Haenel ou Christian Bobin. Roman, récit autobiographique ? On ne sait pas trop avec Marie Ndiaye qui divise son livre en quatre parties très différentes les unes des autres dans lesquelles est évoquée la figure paternelle de façon assez mystérieuse. On retrouve la langue poétique et exigeante de l’autrice de « Trois femmes puissantes ». Son écriture est pleine de non-dits en même temps qu’elle tente de mettre des mots sur des choses très profondes. C’est prenant et émouvant.

« Sinners » est ce qu’on appelle un blockbuster avec comme tête d’affiche Michael B. Jordan qui relève le défi de jouer deux rôles dans le même film (deux jumeaux). L’action se déroule dans le sud des Etats-Unis au temps de la ségrégation. L’ouverture d’un lieu de fête pour la communauté noire est au cœur du récit, la musique et la danse étant un moyen d’échapper (le temps d’une nuit) aux souffrances du travail forcé et au racisme. Mais la violence n’est jamais loin… Le film réserve pas mal de surprises. La reconstitution est magnifique, le rythme très fluide et les scènes d’action réussies. Un vrai plaisir de spectateur.

Exposition Wes Anderson à la Cinémathèque

Combien de cinéastes peuvent prétendre être reconnus au premier coup d’oeil ? Wes Anderson en fait partie grâce au soin tout particulier qu’il a apporté tout au long de sa carrière à la construction de ses plans. Les costumes, les décors, les couleurs, les lumières… Tout concourt à créer une identité visuelle forte, souvent fascinante. La Cinémathèque rend hommage à ce créateur sans pareil dans le cadre d’une exposition très réussie visible jusqu’à la fin juillet.

Le fil conducteur en est la filmographie du réalisateur qui n’a pas tourné tant que cela depuis ses débuts dans les années 90. Plusieurs films ont marqué les esprits et sont devenus cultes : « La famille Tenenbaum », « La vie aquatique », « A bord du Darjeeling Limited », « Moonrise Kingdom », « Fantastic Mr Fox », « The Grand Budapest Hotel »… Pour chaque film, des documents très intéressants sont exposés : story-boards, photos de tournage, costumes, extraits de scènes… On découvre par exemple avec ravissement les marionnettes construites pour les films d’animation réalisés en stop motion (« Fantastic Mr Fox », « L’île aux chiens »).

On découvre aussi les compagnons de route de Wes Anderson qui a souvent travaillé avec les mêmes acteurs, dans un esprit de troupe. On retrouve en effet Bill Murray, Owen Wilson, Angelica Houston, Adrian Brody, Benicio Del Toro dans plusieurs films. Dans ses dernières réalisations (« The French Dispatch », « Asteroïde City »), il a fait appel à Timothée Chalamet, Scarlett Johansson ou encore Léa Seydoux.

Le nouveau film de Wes Anderson sort bientôt, il s’agit de « The Phoenician Scheme « .