Drive my car

Film de Ryusuke Hamaguchi

Avec Hidetoshi Nishijima, Toko Miura, Reika Kirishima

Date de sortie en France : 18 août 2021

« Drive my car » est un film d’une incroyable richesse. On y parle beaucoup de théâtre car le héros du film Yûsuke Kafuku, est metteur en scène et acteur de renom. Il est invité par un théâtre à Hiroshima dans le sud du Japon. En résidence pendant plusieurs semaines, il est chargé de mettre en scène la célèbre pièce de Tchekhov « Oncle Vania » : il recrute les comédiens de nationalités différentes, les fait répéter. Une actrice sourde est aussi retenue. De très belles scènes nous permettent de découvrir le travail de création d’une pièce.

Étonnamment, il travaille aussi beaucoup dans sa voiture. Au cours de ses déplacements, il a en effet pris l’habitude d’écouter l’enregistrement des pièces dans lesquelles il joue ou qu’il met en scène. A Hiroshima, les circonstances le contraignent à se faire conduire par un chauffeur. Il fait donc connaissance d’une jeune fille de 23 ans, Misaki Watari, qui l’accompagne pendant toute cette période de travail.

Ces deux personnages sont passionnants. Ils ne devaient jamais se rencontrer mais vont ensemble accomplir un grand chemin. Chaque jour, Tchekhov et ses personnages sont avec eux, en toile de fond. Le texte de la pièce passe en boucle dans la voiture et résonne avec leurs propres peines et blessures. Vania, Sonia, Elena, Sérébriakov, tous ces personnages désespérés tentent de trouver un sens à leur vie malgré les épreuves, les deuils, les souffrances. Il faut continuer à vivre nous disent-ils…

A l’intérieur de la voiture, Yûsuke et Misaki s’apprivoisent peu à peu, s’apprécient de plus en plus, tout en gardant beaucoup de pudeur l’un envers l’autre. Ce sont deux êtres blessés que la vie n’a pas épargné. Petit petit, ils se confient l’un à l’autre, évoquent les tourments qui les rongent, se soutiennent. Communiquer pour se décharger d’un poids trop lourd, pour réussir à se pardonner. Le film est bouleversant car il montre à quel point la parole est libératrice. Face aux drames de l’existence et au sentiment de culpabilité, la rencontre avec l’autre peut permettre d’aller vers la joie, malgré tout.

Tentations de la rentrée littéraire 2021

C’est un grand plaisir chaque année, à l’approche du mois de septembre, de découvrir quels sont les livres que les maisons d’édition françaises mettent en avant pour la sacro-sainte rentrée littéraire. Romans français ou étrangers, le choix est très vaste. Grâce à la blogosphère et à la presse spécialisée, je me fais une petite sélection d’ouvrages que j’aurais le temps (ou non) de lire au cours des mois à venir. Voici une liste très personnelle de romans qui attirent mon attention :

« Les étoiles plus que filantes » de Estelle-Sarah Bulle aux éditions Liana Levi

Une histoire qui parle du tournage du film « Orfeu Negro » au Brésil… Cinéma et littérature, un beau mélange. Le précédent ouvrage de l’auteure « Là où les chiens aboient par la queue » a été salué par la critique et le public.

« Le rire des déesses » de Ananda Devi aux éditions Grasset

L’Inde est un pays qui me fascine et je suis très curieux de découvrir cette histoire qui aborde notamment deux sujets : la place des prostituées dans la société indienne et la transexualité.

« La porte du voyage sans retour » de David Diop aux éditions du Seuil

David Diop est un auteur que je souhaite découvrir. Il aborde dans ce roman le thème de la traite négrière, sujet historique passionnant.

« Memorial Drive » de Natasha Trethewey aux éditions de L’Olivier

Je lis beaucoup de bien de ce livre qui aborde un sujet très dur, celui des féminicides. Natasha Trethewey parle de son expérience personnelle puisque sa propre mère est morte assassinée par son compagnon.

« Les garçons de la cité-jardin » de Dan Nisand aux éditions Les Avrils

Un titre suffit parfois à donner envie de lire un livre. « Les garçons de la cité-jardin » est un premier roman.

« Plasmas » de Céline Minard aux éditions Rivages

« Plasmas » est un titre énigmatique. J’ai envie d’aller voir ce que recèle ce court roman de Céline Minard que je vais lire pour la première fois.

« Mon maître et mon vainqueur » de François-Henri Désérable aux éditions Gallimard

Encore un auteur français que je souhaite découvrir. Et une histoire d’amour, cela ne se refuse pas.

« Le cercueil de Job » de Lance Weller aux éditions Gallmeister

Mon goût pour la littérature américaine me donne très envie de découvrir ce roman dont l’histoire se déroule sur fond de Guerre de Sécession.

Au plaisir d’échanger avec vous sur vos lectures, envisagées, en cours ou déjà accomplies ! Vos conseils sont les bienvenus.

Trois films de Nuri Bilge Ceylan

Nuri Bigle Ceylan est un cinéaste qui me fascine. « Winter Sleep », palme d’or du festival de Cannes en 2014, est un film qui reste gravé dans ma mémoire et dans mon coeur. J’avais vu le film en salle et j’avais été frappé par la beauté de chaque plan, par l’audace incroyable de ce réalisateur qui filme les silences et les non-dits comme personne. C’était aussi la découverte de paysages sublimes et hypnotiques, ceux de l’Anatolie.

Cet été, j’ai découvert avec bonheur trois films tout aussi passionnants : « Uzak », « Les climats » et « Les trois singes » (sortis en salle respectivement en 2004, 2007 et 2009). Les personnages de Ceylan sont souvent désabusés, en crise, en proie à des doutes et face à des choix difficiles. Les désillusions font partie de toute vie humaine. Comment les vivre, les dépasser ? C’est souvent une rencontre inopinée, un événement soudain et inattendu qui viennent bouleverser l’ordre des choses. Dans « Uzak », un photographe esseulé et mélancolique, installé à Istanbul, reçoit chez lui un jeune cousin qui a quitté sa province lointaine pour tenter sa chance dans la grande ville. Ce nouveau venu est plein d’espoir, peut-être un peu naïf… Leurs deux mondes vont coexister tant bien que mal. « Les climats » aborde de façon subtile la question du couple. Dès les premiers plans, le réalisateur filme longuement les visages. Dans les yeux de Bahar, que faut-il comprendre ? Aime t-elle et admire t-elle encore l’homme, photographe lui aussi, qu’elle accompagne sur les sites antiques du sud du pays ? Ou bien est-ce la lassitude, l’étouffement voire le dégoût qui prédominent ? Les combats intérieurs de cette femme sont filmés de façon magistrale. Enfin, « Les trois singes » est un film très étonnant, centré sur seulement quatre personnages, liés par des intérêts communs. On y parle de loyauté et d’honneur, au sein de la famille, au sein du couple. Mais aussi de mensonge et de manipulation.

Le point commun de tous ces films, c’est la place donnée au silence. Les personnages se taisent et c’est ce qui les rend, selon moi, passionnants. La qualité d’interprétation des acteurs est souvent bouleversante et le spectateur a le temps de s’identifier. Certaines décisions dans la vie sont, parfois, très difficiles à prendre. Quelle direction prendre ? Est-on vraiment libre de ses choix ? C’est un sentiment de solitude extrême qui domine alors. Face à la mer à Istanbul ou devant des paysages de montagne sublimes à l’intérieur du pays, c’est du tragique de l’existence dont nous parlent les personnages de Nuri Bilge Ceylan.