
Quelle actrice touchante que Dominique Blanc. Dans un beau livre d’entretiens avec trois professeurs de lycée en charge de classes théâtre, elle nous parle de la passion du jeu et des auteurs qui l’anime depuis des années. Elle se décrit comme autodidacte car elle n’a jamais intégré les écoles de théâtre dont elle rêvait dans sa jeunesse. Sa vie d’actrice est faite de rencontres qui lui ont permis de travailler sur ce qu’elle nomme joliment des « chantiers ». Ces chantiers furent exigeants, exaltants, nourrissants. Ils nécessitèrent aussi une grande discipline mais il semble bien que Dominique Blanc était faite pour cette ascèse, cet abandon (parfois douloureux). Son travail lui a valu la reconnaissance de ses pairs et du public. Pourtant, le doute, les angoisses parfois pétrifiantes demeurent, même encore aujourd’hui à la Comédie-Française où elle est devenue pensionnaire puis sociétaire (en 2021).
C’est véritablement passionnant de lire ces entretiens dans lesquels l’actrice porte un regard rétrospectif sur les aventures professionnelles qu’elle a eu la chance de vivre. Elle évoque ainsi successivement trois rôles majeurs qui ont marqué son chemin (et non carrière) de comédienne : Suzanne dans « Le Mariage de Figaro » (mise en scène de Jean-Pierre Vincent), Phèdre de Racine (mise en scène de Patrice Chéreau) et enfin six rôles différents dans « Angels in America », projet fou porté par Arnaud Desplechin. Trois metteurs en scène, trois moments de vie très différents mais dans lesquels Dominique Blanc s’est épanouie, affirmée, construite aussi sans doute. Remettre à chaque fois le travail sur le métier, lutter contre les incertitudes, prendre sa place dans une équipe à chaque fois renouvelée… Tels sont quelques uns des défis auxquels tout acteur et toute actrice doit se confronter quand il veut mettre le jeu au coeur de son existence. Dominique Blanc, avec des mots choisis, avec pudeur, nous fait entrevoir ce qui fait la beauté de ce métier si particulier. Bravo à elle, pour tout.