
Film de Yorgos Lanthimos
Avec Emma Stone, Mark Ruffalo, Willem Dafoe…
Date de sortie en France : 17 janvier 2024
Comment ne pas être troublé par le nouveau film de Yorgos Lanthimos intitulé « Pauvres créatures » (« Poor things ») ? On sort de la salle de projection avec l’impression confuse de n’avoir jamais eu l’occasion de voir pareil film au cinéma auparavant…
Le spectateur est ensorcelé par une forme de bizarrerie et par une inventivité assez bluffante qui s’exprime à chaque instant. Tout concourt à une sorte d’émerveillement permanent du fait de l’originalité de l’ensemble des éléments du film : le scénario, la mise en scène, les décors, la musique, et bien sûr (et surtout) le jeu des acteurs. Emma Stone est tout bonnement fascinante de bout en bout !
En plusieurs chapitres, comme dans un livre de contes (réservé aux adultes), Yorgos Lanthimos nous présente l’histoire incroyable de Bella Baxter. C’est Frankenstein au féminin. Le monstre, destiné à rester une marionnette aux mains de son créateur, va découvrir la liberté grâce au plaisir charnel et ne plus jamais vouloir s’en défaire. La femme-objet devient petit à petit, au gré des rencontres sexuelles, une femme autonome, indépendante, puissante. Le film est donc une allégorie de la libération des femmes de la domination masculine, d’une prise de pouvoir sur soi, sur son corps, sur ses désirs.
Cette allégorie peut sembler à certains moments un peu lourde, caricaturale, indigeste… On peut regretter d’ailleurs quelques longueurs. Toutefois, le plaisir domine car la folie et l’étrangeté qui se dégagent du film sont enthousiasmantes. Le monde qui nous est décrit est à la fois beau et laid, amusant et effrayant… Voir cette « pauvre créature », tout d’abord naïve et innocente, se débattre dans ce monde, essayer de survivre, faire des choix est quelque chose de très touchant. Emma Stone offre une épaisseur incroyable à son personnage. Avant de pouvoir s’exprimer par les mots, Bella s’exprime par le corps. Emma Stone est, pendant une bonne partie du film, un pantin désarticulé. Ses yeux, grands ouverts sur le monde, sont inoubliables. Un rôle en or !
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