
Le courage est le mot qui vient à l’esprit à lecture du livre de Paul Gasnier intitulé « La collision ». Il a sans doute fallu beaucoup de force et de cran au jeune auteur, journaliste de profession, pour se replonger dans le drame de sa vie, la mort brutale de sa mère dans les rues de Lyon, renversée par un jeune motard adepte des rodéos urbains. Au terme d’un chemin personnel de dix années, le fils endeuillé donne sa vision des faits.
Le livre est passionnant car Paul Gasnier livre un récit très intime mais aussi politique et sociologique. Journaliste spécialiste des mouvements d’extrême-droite, il débute son livre en évoquant un discours de campagne d’un ex-éditorialiste politique candidat à la présidence de la République (E. Zemmour) auquel il assiste dans le cadre de son travail. Dans ce meeting, l’homme politique tient son discours habituel de rejet des immigrés qui seraient dans, leur globalité, responsables de la hausse de la délinquance, inassimilables… La personne qui a tué la mère de Paul Gasnier fait partie de cette population désignée à la vindicte populaire. Il était sous l’emprise de la drogue, n’avait pas le permis. Tout est réuni pour que la haine s’installe.
Là est toute la force de Paul Gasnier. Il souhaite comprendre la collision de deux mondes quasi antagonistes, celui de sa mère et celui de Saïd. L’une est ce que l’on appelle avec facilité ou avec un brin de moquerie une « bobo », ouverte au monde, de gauche, adapte du yoga. L’autre est un jeune homme tombé dans la petite délinquance après un parcours de vie difficile. Cette collision n’est « ni un accident ni un meurtre ». Elle donne à réfléchir sur les fractures de notre société. Paul Gasnier le fait brillamment.

« Quitter Berlioz » est un très joli titre pour un roman qui se lit d’une traite. On suit avec beaucoup de plaisir la destinée de deux amis d’enfance, Younes et Serge, qui grandissent dans les années 80 à Bobigny dans la cité « Berlioz ». Leur amitié connaît des hauts et des bas. Younes tombe dans la petite délinquance, est attiré par l’argent facile. Il fait un séjour en prison et en ressort avec un bracelet électronique. Nous sommes quelques mois avant la Coupe du monde 98, époque où on parle encore en franc et où les téléphones portables n’ont pas encore envahi le quotidien de tout le monde.
Le roman décrit avec beaucoup de détails et de réalisme un métier, celui de coursier. Younes et Serge foncent dans les rues de Paris pour livrer lettres et colis importants à des entreprises diverses er variées dans tous les coins de Paris et de banlieue. Le rythme haletant du livre tient beaucoup à cette urgence et à ce stress permanent dans lequel sont mis les coursiers. La dureté du monde du travail, les abus du patron surnommé « le singe » sont décrits avec finesse.
Emmanuel Flesch parle ainsi avec brio d’amitié, mais aussi d’amour, des premiers pas, parfois difficiles, dans le monde des adultes. Ses deux héros sont attachants. On imagine très bien une adaptation en série ou au cinéma.
Je découvre ces deux titres et ces deux billets me donnent bien envie de les lire. Surtout celui de Paul Gasnier, qui semble très fort. Merci pour ces découvertes.
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Avec plaisir !
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