
Un livre étrange comme on les aime !
« Peau d’ourse » de Grégory Le Floch est un roman surprenant à bien des égards. Le mal-être adolescent y est décrit avec acuité dans un cadre géographique auquel le lecteur ne s’attend pas : un village des Pyrénées. « Si tu veux connaître ma vie, c’est ça : 16 ans, moche et village de merde« , telle est l’une des premières phrases du livre. C’est ainsi un récit à la première personne qu’il nous est donné de lire, celui d’une jeune fille que tout le monde appelle « Mont Perdu » (et non Nina, son prénom). Première étrangeté dans une histoire qui n’en manque pas.
L’héroïne est mal dans sa peau, cible de moqueries à cause de sa corpulence. Ses rapports avec ses parents (ses « darons ») sont très complexes. Tout bascule le jour, où sur un réseau social, Mont Perdu déclare sa flamme à une camarade de classe, Kelly… L’homosexualité de la jeune fille est révélée et va faire scandale. L’acharnement envers la jeune va aller croissant. A t-elle encore sa place dans le cadre étouffant du village ?
L’héroïne est très attachante. Son langage est fleuri, sa passion pour Björk, la chanteuse islandaise, la tient debout. La nature toute proche est son refuge, elle entretient un dialogue mystique avec ses « soeurs les montagnes », les animaux de la forêt… Sa solitude est immense mais elle trouve du réconfort dans un contact brut avec les éléments. La nature révèle son côté animal… Le roman réserve de très belles surprises au lecteur.
Comment être accepté par les autres et comment s’accepter soi-même ? Fuir ou rester ? Telles sont les questions que se posent beaucoup d’adolescents homosexuels, queers. La différence est parfois lourde à assumer. La plume de Grégory Le Floch, très originale, parle de ce sujet avec beaucoup de talent et d’audace.