Durrell / Auster / Bobin

« La quatuor d’Alexandrie » est une oeuvre complexe et poétique. Un quatuor de personnages (Justine, Balthazar, Mountolive, Clea) pour quatre romans distincts mais intimement liés les uns aux autres. Quatre histoires pleines d’échos ayant pour cadre la très romanesque ville d’Alexandrie. Dans « Justine », Lawrence Durrell nous présente les personnages en présence. Le narrateur tombe sous le charme de la belle et mystérieuse Justine. Il est en couple avec Melissa, Justine est avec Nessim. Il est question d’amour, de désir, d’interdit… La liberté est ce qui caractérise le mieux les protagonistes même s’ils sont aussi torturés, assaillis de doutes. On se perd avec eux dans les différents quartiers de la ville, on y fait la rencontre de personnages secondaires atypiques, hauts en couleur… Le premier tome de ce « quatuor » est plein de charme. La prose est superbe.

Dans « Baumgartner », Paul Auster parle aussi d’amour, au passé, au présent, et peut-être au futur. Le personnage éponyme est veuf. Plus de dix après le décès brutal de son épouse qui se noie accidentellement dans la mer, Baumgartner panse encore ses plaies . Avec le temps, elles sont moins douloureuses mais est-il encore possible de croire à l’amour après un tel choc ? Le souvenir de l’être aimé hante celui qui reste. Paul Auster analyse avec justesse la difficulté de se libérer du passé. Par bribes, il se souvient de qui était sa femme, revient aux origines de leur attachement mutuel qui a duré plusieurs décennies. C’est magnifique de voir ce personnage blessé se remémorer les tout débuts, les premières difficultés du couple… La forme du livre est originale et fait penser à une sorte d’auto-analyse faite d’associations d’idées, de souvenirs épars… Il est aussi question de création littéraire, du métier d’écrivain. Baugmartner fait bien sûr penser à un double de Paul Auster. Ce livre m’a beaucoup touché.

Christian Bobin est un auteur vers lequel je reviens souvent. J’admire sa justesse, sa droiture, sa simplicité… « Le muguet rouge » est un court livre où les choses se mélangent, sans hiérarchie apparente. S’en dégage une douceur, une générosité qui font du bien. L’auteur exprime aussi à plusieurs reprises sa révolte face à une modernité technologique qui pousse à l’individualisme, au rétrécissement, à une forme de médiocrité. « L’âme est une espèce non protégée » .

Pauvres créatures

Film de Yorgos Lanthimos

Avec Emma Stone, Mark Ruffalo, Willem Dafoe…

Date de sortie en France : 17 janvier 2024

Comment ne pas être troublé par le nouveau film de Yorgos Lanthimos intitulé « Pauvres créatures » (« Poor things ») ? On sort de la salle de projection avec l’impression confuse de n’avoir jamais eu l’occasion de voir pareil film au cinéma auparavant…

Le spectateur est ensorcelé par une forme de bizarrerie et par une inventivité assez bluffante qui s’exprime à chaque instant. Tout concourt à une sorte d’émerveillement permanent du fait de l’originalité de l’ensemble des éléments du film : le scénario, la mise en scène, les décors, la musique, et bien sûr (et surtout) le jeu des acteurs. Emma Stone est tout bonnement fascinante de bout en bout !

En plusieurs chapitres, comme dans un livre de contes (réservé aux adultes), Yorgos Lanthimos nous présente l’histoire incroyable de Bella Baxter. C’est Frankenstein au féminin. Le monstre, destiné à rester une marionnette aux mains de son créateur, va découvrir la liberté grâce au plaisir charnel et ne plus jamais vouloir s’en défaire. La femme-objet devient petit à petit, au gré des rencontres sexuelles, une femme autonome, indépendante, puissante. Le film est donc une allégorie de la libération des femmes de la domination masculine, d’une prise de pouvoir sur soi, sur son corps, sur ses désirs.

Cette allégorie peut sembler à certains moments un peu lourde, caricaturale, indigeste… On peut regretter d’ailleurs quelques longueurs. Toutefois, le plaisir domine car la folie et l’étrangeté qui se dégagent du film sont enthousiasmantes. Le monde qui nous est décrit est à la fois beau et laid, amusant et effrayant… Voir cette « pauvre créature », tout d’abord naïve et innocente, se débattre dans ce monde, essayer de survivre, faire des choix est quelque chose de très touchant. Emma Stone offre une épaisseur incroyable à son personnage. Avant de pouvoir s’exprimer par les mots, Bella s’exprime par le corps. Emma Stone est, pendant une bonne partie du film, un pantin désarticulé. Ses yeux, grands ouverts sur le monde, sont inoubliables. Un rôle en or !

Cinéma 2023 : mon top 10

J’ai raté beaucoup, beaucoup de films cette année. J’ai consacré avec bonheur du temps au théâtre, on ne peut pas tout faire ! Malgré tout, voici mon top 10 :

1) Fermer les yeux de Victor Erice

2) Les herbes sèches de Nuri Bilge Ceylan

3) Past lives – Nos vies d’avant de Celine Song

4) The Fabelmans de Steven Spielberg

5) Le garçon et le héron de Hayao Miyazaki

6) Sur l’Adamant de Nicolas Philibert

7) Le procès Goldman de Cédric Kahn

8) The Quiet Girl de Colm Bairéad

9) Anatomie d’une chute de Justine Triet

10) La voie royale de Frédéric Mermoud

Et vous, vos coup de coeur ?!

Lectures de l’Est…

« Kafka. Le temps de la connaissance », par Reiner Stach, aux éditions du Cherche Midi

« La valse aux adieux », par Milan Kundera, aux éditions Folio

« Le Docteur Jivago », par Boris Pasternak, aux éditions Gallimard

En cette fin d’année 2023, mon regard est résolument tourné vers l’est ! Kafka, Kundera, Pasternak sont trois auteurs prodigieux qui aident à mieux comprendre les mystères de l’âme humaine et permettent, aux occidentaux que nous sommes, de cerner ce qui fait la spécificité des peuples d’Europe de l’Est.

J’ai déjà parlé ici du premier tome de la biographie monumentale de Franz Kafka rédigée par l’auteur allemand Reiner Stach. Vient de paraître le deuxième opus et je me suis empressé de me le procurer. J’ai hâte de découvrir la suite de ce travail minutieux et passionné, véritable coup de maître qui se lit comme un roman. Ce sont les années 1915-1924 qui sont traitées dans ce deuxième tome. Kafka poursuit son oeuvre exigeante, sans se ménager. Naissent « Le château », « Lettre au père », sa correspondance avec Milena…

De Kundera, j’avais le souvenir ébloui de la lecture de « L’insoutenable légèreté de l’être ». Tout m’avait plu dans ce roman qui mêle habilement histoire intime et histoire politique. Le style de l’auteur avait réussi à toucher quelque chose de profond en moi. Dans la « La valse aux adieux », on retrouve cette étrangeté, ce mystère qui rendent cet auteur si unique. Je ne suis pas sûr d’avoir forcément tout compris mais ce n’est pas grave. Kundera fait partie de ces auteurs qui méritent qu’on relise leurs oeuvres. Il est question dans ce livre de vie, de mort, de désir, de rejet… Et de tant d’autres choses.

« Le docteur Jivago » de Boris Pasternak bénéficie d’une nouvelle traduction aux éditions Gallimard. Je m’y suis plongé avec délices. C’est romanesque à souhait, haletant, poignant… L’histoire de la Russie est en toile de fond : les dernières années du tsarisme, les soubresauts des révolutions de 1905 et de 1917… Le docteur Jivago est un personnage attachant. On le voit grandir, aimer, s’engager. Pour les amoureux de la Russie et de sa littérature, ce livre est indispensable !

Bonnes lectures à vous, lectrices et lecteurs de ce blog qui avez la gentillesse de me suivre.

Et à bientôt, en 2024.

Triste tigre, Le coût de la vie, Shy

Triste tigre, Neige Sinno, Editions P.O.L

Le coût de la vie, Deborah Levy, Editions du sous-sol

Shy, Max Porter, Editions du sous-sol

Difficile de mettre des mots sur le choc ressenti à la lecture de « Triste tigre » de Neige Sinno. Que dire à part l’admiration que l’on éprouve à découvrir ligne après ligne le courage de cette femme qui tente de comprendre l’incompréhensible : l’inceste. Pendant des années, son beau-père l’a violée, entre ses 7 et ses 14 ans. Que se passe t-il dans la tête d’un bourreau ? Question vertigineuse à laquelle Neige Sinno s’attaque. Elle veut éclaircir la part d’obscurité qui habite cet homme. Dans le même mouvement, ce sont ses propres blessures qu’elle regarde avec lucidité. Etre violé enfant, c’est être abimé pour la vie, lutter chaque jour pour sa survie, son équilibre, combattre coûte que coûte ses propres démons… « Triste tigre » est un livre qui fera date. Neige Sinno en redoute le succès. Elle ne souhaite être un témoignage de plus. Mais ce n’en est pas un. C’est une véritable réflexion quasi philosophique sur le mal.

La trilogie autobiographique de Deborah Levy est un vrai régal ! J’en suis au deuxième opus (après celui intitulé « Ce que je ne veux pas savoir » à la couverture bleue). Dans « Le coût de la vie », elle évoque la difficile phase de reconstruction qui succède au divorce. La cinquantaine passée, elle se sépare en effet de son mari, aménage un nouvel appartement dans le nord de Londres, découvre, en compagnie de ses deux filles, la vie de mère célibataire. Tout cela n’est pas facile surtout quand son travail consiste à écrire pour vivre. Elle a la chance de se voir offrir par des amis un cabanon au fond d’un jardin. C’est là qu’elle va pouvoir trouver le calme et l’énergie nécessaire à la poursuite de son oeuvre. Le style de Deborah Levy est un enchantement. C’est drôle, fin, astucieux. Elle mêle sans cesse passé et présent, cite de nombreux auteurs et autrices comme Marguerite Duras, Albert Camus, Doris Lessing, Emily Dickinson, Simone de Beauvoir, James Baldwin… Elle capte quelque chose de l’ère du temps entre gravité et légèreté.

« Shy » est un livre assez hors-norme. L’écriture est fragmentée, la chronologie bousculée… Cette forme étrange et parfois dérangeante donne une grande force au propos. Shy est un garçon en souffrance. Il est pensionnaire dans une école de la « dernière chance » qui accueille des adolescents en rupture avec l’école, avec la société. Une équipe d’éducateurs dévoués est présente pour les aider, pour tenter de canaliser leur colère, de leur faire entrevoir un avenir possible. Mais rien n’est simple. Aux joies simples de la vie en communauté succèdent sans prévenir des colères noires, des moments de désespoir où tout semble fichu… Shy s’intéresse à la musique, c’est sa planche de salut. Mais les relations difficiles avec sa mère et son beau-père, les premières histoires d’amour bancales le fragilisent… Le livre est traversé par une tension permanente. C’est électrique comme peuvent l’être les réactions d’un ado perdu qui ne sait où trouver l’apaisement. Très beau livre à découvrir !

Chantiers, je

Quelle actrice touchante que Dominique Blanc. Dans un beau livre d’entretiens avec trois professeurs de lycée en charge de classes théâtre, elle nous parle de la passion du jeu et des auteurs qui l’anime depuis des années. Elle se décrit comme autodidacte car elle n’a jamais intégré les écoles de théâtre dont elle rêvait dans sa jeunesse. Sa vie d’actrice est faite de rencontres qui lui ont permis de travailler sur ce qu’elle nomme joliment des « chantiers ». Ces chantiers furent exigeants, exaltants, nourrissants. Ils nécessitèrent aussi une grande discipline mais il semble bien que Dominique Blanc était faite pour cette ascèse, cet abandon (parfois douloureux). Son travail lui a valu la reconnaissance de ses pairs et du public. Pourtant, le doute, les angoisses parfois pétrifiantes demeurent, même encore aujourd’hui à la Comédie-Française où elle est devenue pensionnaire puis sociétaire (en 2021).

C’est véritablement passionnant de lire ces entretiens dans lesquels l’actrice porte un regard rétrospectif sur les aventures professionnelles qu’elle a eu la chance de vivre. Elle évoque ainsi successivement trois rôles majeurs qui ont marqué son chemin (et non carrière) de comédienne : Suzanne dans « Le Mariage de Figaro » (mise en scène de Jean-Pierre Vincent), Phèdre de Racine (mise en scène de Patrice Chéreau) et enfin six rôles différents dans « Angels in America », projet fou porté par Arnaud Desplechin. Trois metteurs en scène, trois moments de vie très différents mais dans lesquels Dominique Blanc s’est épanouie, affirmée, construite aussi sans doute. Remettre à chaque fois le travail sur le métier, lutter contre les incertitudes, prendre sa place dans une équipe à chaque fois renouvelée… Tels sont quelques uns des défis auxquels tout acteur et toute actrice doit se confronter quand il veut mettre le jeu au coeur de son existence. Dominique Blanc, avec des mots choisis, avec pudeur, nous fait entrevoir ce qui fait la beauté de ce métier si particulier. Bravo à elle, pour tout.

Fermer les yeux

Film de Victor Erice

Avec Manolo Solo, José Coronado, Ana Torrent…

Date de sortie en France : 16 août 2023

Fermer les yeux (« Cerrar los ojos ») pour observer ce qui se passe dans notre intériorité, pour mieux le ressentir. Ou fermer les yeux pour échapper à une réalité qui nous est insupportable, se replier en nous-même ?

Les personnages du nouveau film de Victor Erice possèdent tous une part de mystère. Le réalisateur prend grand soin à ne pas tout révéler des failles et trous noirs de leur vie respective. Miguel Garay est un réalisateur de cinéma fatigué et solitaire qui semble avoir abandonné ses ambitions artistiques. Julio Arenas, acteur célèbre, a disparu sans laisser de traces il y a plus de vingt ans en abandonnant le tournage du film de son ami Miguel. Ana Arenas n’a plus de nouvelles de ce père disparu, fantomatique. Les yeux de ces êtres blessés disent tellement de leurs peines intimes…

Le film est hypnotisant, passionnant. La mémoire, le souvenir, la fiction, le deuil… Autant de sujets abordés avec beaucoup de délicatesse et de tendresse. Victor Erice fait aussi une immense déclaration d’amour au 7ème art. A plus de 80 ans, sa passion semble intacte. J’ai particulièrement été sensible au fait qu’il offre un rôle à Ana Torrent, avec qui il avait déjà travaillé dans les années 70 dans « L’esprit de la ruche ». Ana Torrent est aussi connue pour son rôle inoubliable dans « Cría cuervos » de Carlos Saura (qui est un film culte pour moi). La revoir aujourd’hui adulte mais toujours avec le même regard enfantin est vraiment émouvant.

Mon coup de coeur de l’année 2023, pour le moment !

Yannick / Anatomie d’une chute

Deux films font l’événement en ce moment dans les salles : « Yannick » de Quentin Dupieux et « Anatomie d’une chute » de Justine Triet. Les spectateurs sont au rendez-vous. Cela fait plaisir de voir deux films français, qu’on peut classer comme des films d’auteur, faire autant d’entrées. J’ai trouvé pour ma part qu’il s’agit effectivement là de deux oeuvres audacieuses et surprenantes. Je ne me suis pas ennuyé une seconde. Pourtant, quelque chose m’a manqué, ou parfois même agacé. Cela m’a empêché d’adhérer complètement à ces deux réalisations.

Dans ces deux films, les actrices et acteurs sont magnifiques. Sandra Hüller dans « Anatomie d’une chute » impressionne par sa présence, son mystère. Dans « Yannick », c’est l’acteur Raphaël Quenard, peu connu encore du grand public, qui rafle tous les suffrages. Il est vraiment irrésistible. Rien à dire, donc, sur l’interprétation. Quand au dispositif mis en place par les deux réalisateurs, il est aussi intéressant. D’ailleurs, un point commun entre ces deux films se dégage : il s’agit à chaque fois de filmer une sorte de huis-clos. Dans « Yannick » il a lieu dans un théâtre où un spectateur (Yannick joué par Raphaël Quenard) prend en otage le public et les acteurs en plein milieu d’une représentation. Dans le film de Justine Triet, nous sommes dans un tribunal et assistons à un procès, celui de Sandra (jouée par Sandra Hüller) soupçonnée d’avoir tué son mari. C’est à chaque fois prenant, et même passionnant. Les deux films installent un réel suspense qui tient en haleine le spectateur.

Pourquoi émettre alors des réserves ? Là où le bât blesse pour moi, c’est au niveau du scénario. Dans « Yannick », la réaction des acteurs et actrices, face à l’intrusion de Yannick, me semblent très caricaturale, excessivement méprisante. De même, il me semble que le réalisateur manque sa cible quand il se moque de façon aussi grossière du milieu théâtral en ciblant le théâtre de boulevard… Quant au film de Triet, les choses auraient sans doute pu être plus touchantes encore si le film avait été moins cérébral. Il est difficile de vraiment s’identifier au couple qui nous est présenté. Je n’ai, par ailleurs, pas été très convaincu par certains rebondissements…

Et vous, quel est votre ressenti ?

Françoise Pétrovitch. Aimer. Rompre

Dans le très joli Musée de la Vie romantique de Paris est exposé jusqu’au 10 septembre 2023 le travail de Françoise Pétrovitch. Elle a conçu spécialement pour le musée une quarantaine d’oeuvres inédites (peintures, dessins, sculpures). « Aimer. Rompre » est le titre donné à cette exposition qui investit les différents espaces du musée en s’y intégrant à merveille.

Une vidéo d’une quinzaine de minutes, dès le début de l’exposition, permet au visiteur de mieux connaître cette artiste plasticienne et de l’observer dans son travail. C’est vraiment très intéressant de voir Françoise Pétrovitch manier son pinceau imbibé d’encre ou de peinture, de la regarder construire ses toiles. L’écouter aussi parler de ses sources d’inspiration. Elle évoque le thème de l’île et évoque celle sur laquelle Jean-Jacques Rousseau, précurseur du Romantisme, fut inhumé à Ermenonville. Plusieurs toiles représentent cette île, ce monde à part, entre deux eaux… Son travail parle aussi des liens entre les êtres. Les liens créés à l’adolescence sont ceux qui l’inspirent particulièrement. Période charnière, entre-deux, l’adolescence est faite de rencontres, de rapprochements, d’éloignements… J’ai trouvé ces toiles, réalisées en très grand format, particulièrement émouvantes. Pratiquement tous les personnages représentés , filles, garçons, ferment les yeux. On a cette impression diffuse d’avoir accès à leur intériorité.

J’ai été vraiment charmé par cette exposition. Françoise Pétrovitch est une artiste que je ne connaissais pas mais dont le travail a touché quelque chose de profond en moi. Les mystères de la création artistique…

Le site du musée : Françoise Pétrovitch. Aimer. Rompre