Cinéma 2025 : Top 10 !

Voici le temps du traditionnel top 10 ! En début d’année, « The Brutalist » de Brady Corbet m’a profondément marqué. Ce fut une expérience cinématographique assez unique. Plus tard dans l’année, « Valeur sentimentale » de Joachim Trier m’a laissé sans voix…

J’aurais aimé voir « L’épreuve du feu », « Météors », « Dossier 137 », « Oui », « Queer »… J’ai détesté « Sirat ».

Et vous, vos coups de coeur ?

1) The Brutalist

2) Valeur Sentimentale

3) Black Dog

4) Mektoub my Love : Canto Due

5) Resurrection

6) Eddington

7) Deux soeurs

8) Enzo

9) Une bataille après l’autre

10) Sinners

DiCaprio, Palme d’or, Godard

Trois films à l’affiche en ce moment retiennent l’attention : « Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson avec Leo DiCaprio en vedette, « Un simple accident » de Jafar Panahi , la palme d’or 2025 et « Nouvelle Vague », nouveau film de Richard Linklater qui rend hommage à Godard.

« Une bataille après l’autre » est un film d’action réalisé par un grand cinéaste connu pour son oeuvre exigeante (« Magnolia », « Phantom Thread »…). Pas une minute de répit pour le spectateur pendant près de 2h45 ! Le film impressionne tant il est rythmé, magnifiquement monté. On se s’ennuie pas une seconde car c’est à la fois prenant, drôle, intime et politique. Il est question de révolution, de lutte contre l’arbitraire mais aussi de liens filiaux et d’amour paternel… DiCaprio m’a une nouvelle fois subjugué par son authenticité et sa justesse.

« Un simple accident » aborde des questions très profondes ancrées dans l’histoire contemporaine de l’Iran, le pays où fut emprisonné Jafar Panahi et où il a réussi à tourner le film de façon clandestine. Le film a les allures d’une farce : les victimes d’un tortionnaire retrouvent par hasard (à la faveur d’un « simple accident » de voiture) leur bourreau devenu père de famille respectable. La haine et le ressentiment animent ces personnages mais que faire ? Se venger ? Pardonner ? Ce n’est pas le chef d’oeuvre attendu mais une scène très intense, à la fin du film, vaut le déplacement.

« Nouvelle Vague » est un vrai petit bijou. Pour les amoureux du cinéma, c’est un régal car on passe un délicieux moment avec Jean-Luc Godard, Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, et tant d’autres, réunis sur le tournage du film « A bout de souffle ». Le casting est magnifique : Guillaume Marbeck, Aubry Dullin et Zhoey Deutch sont plus vrais que nature. La reconstitution du Paris des années 50 est très réussie. C’est une plongée dans l’artisanat du cinéma tel que le concevait Godard, à la fois exigeant et très libre. Cela donne envie de créer, d’écrire des histoires, de tourner.

Valeur sentimentale

Film de Joachim Trier

Avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter

Date de sortie en France : 20 août 2025

Certains films donnent une impression de perfection. A la sortie de la salle, le spectateur est sonné. Tout paraît maîtrisé : la construction du récit, l’inventivité de la mise en scène, le jeu habité des comédiens et comédiennes… « Valeur sentimentale » de Joachim Trier est l’un de ces films qui fait dire qu’un miracle a eu lieu sur l’écran. La force d’un tel film tient aussi à tout ce qu’il ne montre pas : les liens invisibles entre les êtres, les blessures qu’ils s’infligent, le poids du passé.

Il y a le film dans le film. Nora (Renate Reinsve, toujours aussi impressionnante) se voit proposer par son père, cinéaste de renom, de jouer dans son prochain film. Le contexte est particulier car la mère de Nora vient de mourir. Ses parents étaient séparés depuis longtemps et les relations entre le père et la fille sont distantes. Nora est une comédienne accomplie mais souffre d’un manque de confiance en elle parfois handicapant. Elle refuse catégoriquement de répondre à la demande de son père, pourtant insistant. Elle ne veut pas travailler avec lui, se rapprocher de lui.

Le film, autour de cette trame, fait comprendre subtilement les dessous de la relation complexe entre le père et la fille, explore les enjeux psychiques qui la sous-tendent. Le père veut faire jouer à Nora le rôle de sa propre mère décédée dans des circonstances tragiques. On pénètre donc au coeur de névroses familiales, de souffrances venues du passé. Le film n’est pas un face à face car Nora peut compter sur le soutien de sa soeur Agnes, qui elle aussi fut, plus jeune, « utilisée » comme actrice par son père.

« Valeur sentimentale » est l’histoire un homme obsédé par l’histoire qu’il veut raconter. Cette obsession peut paraître égoïste mais ce que montre, peut-être, le film c’est que la création artistique est une façon, parmi d’autres, de se soigner d’une histoire trop lourde à porter.

Enzo

Film de Laurent Cantet réalisé par Robin Campillo

Avec Eloy Pohu, Elodie Bouchez, Maksym Slivinskyi…

Date de sortie en France : 18 juin 2025

Que pense Enzo ? Le regard sur l’affiche dit beaucoup des sentiments du personnage qu’incarne avec beaucoup de justesse le jeune Eloy Pohu. Enzo a 16 ans, on le découvre dès le début du film sur un chantier de BTP, quelque peu malmené par un collègue. Son patron se met aussi en colère contre lui. Il est trop rêveur, pas assez concerné. Est-il vraiment à sa place ?

On découvre assez rapidement qu’Enzo a connu l’échec scolaire, qu’il en rupture avec son milieu social d’origine. Son frère poursuite des études brillantes, ses parents exercent des métiers où l’intellect occupe une place importante. Toutefois, le jeune homme est entouré d’amour, son frère, sa mère (la lumineuse Elodie Bouchez) ne le jugent pas. Seul le père d’Enzo montre beaucoup d’inquiétude et s’agace du manque d’ambition de son fils. Cette tension avec le père est au cœur du film. Enzo veut se dégager de la pression paternelle et semble chercher d’autres modèles de masculinité. Une rencontre sur le chantier va bouleverser beaucoup de choses.

Laurent Cantet et Robin Campillo (qui a réalisé le film après la mort de son ami) nous parlent avec brio des tourments de l’adolescence. Le personnage d’Enzo émeut car il ose devenir peu à peu lui même malgré ses fragilités. Il s’oppose à ses parents, est à l’écoute de ses désirs. Enzo est un personnage intéressant car le spectateur a du mal à percer son mystère. La fin ouverte nous laisse imaginer beaucoup de chemins possibles pour le personnage…

Paris noir, Le bon Denis, Sinners

Une expo, un livre, un film, trois coups de cœurs ! Ont-ils un lien les uns avec les autres ? Qui sait ? Peut-être…

Le Centre Pompidou met à l’honneur des peintres, des sculpteurs, des plasticiens, des photographes, souvent méconnus; dans une très belle exposition intitulée « Paris noir. Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950-2000« . Le nombre d’œuvres exposées est impressionnant. Le visiteur découvre le travail de Avel de Knight, Bob Thompson, Iba N’Diaye Beauford Delaney, Ed Clark, Guido Llinas ou Emil Cadoo dans un parcours original et stimulant dont l’axe majeur s’articule autour de la pensée d’Edouard Glissant et le concept de créolisation.

Marie Ndiaye publie « Le bon Denis » dans la collection « Traits et portraits » dans laquelle ont été, par exemple, publiés les ouvrages de Chantal Thomas, Yannick Haenel ou Christian Bobin. Roman, récit autobiographique ? On ne sait pas trop avec Marie Ndiaye qui divise son livre en quatre parties très différentes les unes des autres dans lesquelles est évoquée la figure paternelle de façon assez mystérieuse. On retrouve la langue poétique et exigeante de l’autrice de « Trois femmes puissantes ». Son écriture est pleine de non-dits en même temps qu’elle tente de mettre des mots sur des choses très profondes. C’est prenant et émouvant.

« Sinners » est ce qu’on appelle un blockbuster avec comme tête d’affiche Michael B. Jordan qui relève le défi de jouer deux rôles dans le même film (deux jumeaux). L’action se déroule dans le sud des Etats-Unis au temps de la ségrégation. L’ouverture d’un lieu de fête pour la communauté noire est au cœur du récit, la musique et la danse étant un moyen d’échapper (le temps d’une nuit) aux souffrances du travail forcé et au racisme. Mais la violence n’est jamais loin… Le film réserve pas mal de surprises. La reconstitution est magnifique, le rythme très fluide et les scènes d’action réussies. Un vrai plaisir de spectateur.

Exposition Wes Anderson à la Cinémathèque

Combien de cinéastes peuvent prétendre être reconnus au premier coup d’oeil ? Wes Anderson en fait partie grâce au soin tout particulier qu’il a apporté tout au long de sa carrière à la construction de ses plans. Les costumes, les décors, les couleurs, les lumières… Tout concourt à créer une identité visuelle forte, souvent fascinante. La Cinémathèque rend hommage à ce créateur sans pareil dans le cadre d’une exposition très réussie visible jusqu’à la fin juillet.

Le fil conducteur en est la filmographie du réalisateur qui n’a pas tourné tant que cela depuis ses débuts dans les années 90. Plusieurs films ont marqué les esprits et sont devenus cultes : « La famille Tenenbaum », « La vie aquatique », « A bord du Darjeeling Limited », « Moonrise Kingdom », « Fantastic Mr Fox », « The Grand Budapest Hotel »… Pour chaque film, des documents très intéressants sont exposés : story-boards, photos de tournage, costumes, extraits de scènes… On découvre par exemple avec ravissement les marionnettes construites pour les films d’animation réalisés en stop motion (« Fantastic Mr Fox », « L’île aux chiens »).

On découvre aussi les compagnons de route de Wes Anderson qui a souvent travaillé avec les mêmes acteurs, dans un esprit de troupe. On retrouve en effet Bill Murray, Owen Wilson, Angelica Houston, Adrian Brody, Benicio Del Toro dans plusieurs films. Dans ses dernières réalisations (« The French Dispatch », « Asteroïde City »), il a fait appel à Timothée Chalamet, Scarlett Johansson ou encore Léa Seydoux.

Le nouveau film de Wes Anderson sort bientôt, il s’agit de « The Phoenician Scheme « .

The Brutalist

3h34 ! La durée donne le vertige, mais l’expérience vaut le détour. L’entracte, très agréable, fait partie du charme du film et permet de savourer jusqu’à la dernière seconde cette fresque cinématographique maîtrisée de bout en bout !

Les thèmes abordés par Brady Corbet sont nombreux et passionnants : le déracinement, la survie après un traumatisme, la force des liens familiaux… L’architecture bien sûr comme le titre l’indique.

Tout commence dans l’immédiat après-guerre. Laszlo Toth, architecte hongrois de confession juive, fuit l’Europe et débarque à New York après avoir survécu au nazisme. Il est accueilli par Attila son cousin installé aux Etats-Unis depuis plusieurs années. C’est une renaissance après l’horreur des camps, la persécution. Toutefois, il a laissé derrière lui sa femme et sa nièce. Les retrouvera t-il un jour ? A Philadelphie, il fait la connaissance d’un riche avocat qui le remet en selle et lui permet de renouer avec son métier et sa passion. Il se lance dans un chantier titanesque avec pour objectif la construction d’un lieu unique en son genre. La démesure du projet est à l’image des souffrances vécues. L’architecture comme témoignage et exutoire…

Le film est superbe. On ne s’ennuie pas une seconde notamment grâce à l’interprétation habitée d’Adrien Brody qui va sans doute recevoir une pluie de récompenses pour ce rôle magnifique. Laszlo Toth est un survivant qui redémarre une vie à zéro loin de chez lui, loin des personnes qu’il aime. Ce qui est bouleversant c’est qu’il continue de subir le rejet, d’être humilié. Difficile de trouver sa place sans renier ses origines, sa culture. Le film écorne le mythe du rêve américain et permet de toucher du doigt la violence sous-jacente qui mine le pays.

« The Brutalist », magnifique titre au sens multiple. La brutalité de l’Histoire, de la vie, des sentiments. C’est aussi la beauté brute des bâtiments et des constructions magnifiquement mise à l’honneur dans ce film mémorable.

La Pampa

Film d’Antoine Chevrollier

Avec : Sayyid El Alami, Amaury Foucher, Damien Bonnard, Artus …

Date de sortie : 5 février 2025

Premier coup de coeur de l’année ! « La Pampa » est un film d’acteurs et d’actrices. Ils sont tous formidables. Le scénario est aussi très intéressant, surprenant, habile. L’histoire repose sur les épaules du jeune Sayyid El Alami qui joue Willy, un lycéen de 17 ans passionné de mécanique et de motocross. Son meilleur ami, Jojo, participe à des compétitions sous l’oeil expert et souvent sévère de son père et de son entraineur… C’est l’année du bac, un entre-deux pour Willy qui étouffe un peu dans la maison familiale, entre sa mère, sa petite soeur, son beau-père. Quant à Jojo, il se consacre à sa passion jusqu’au jour où tout bascule dans sa vie. Que dire de plus sans trop en dévoiler ?

Le lien entre les deux jeunes hommes est très touchant. Leur amitié est belle, sincère, solide. C’est un point fort du film que de montrer une relation dans laquelle personne ne juge l’autre pour ses choix, ses préférences. Willy et Jojo se connaissent depuis toujours et se soutiennent coûte que coûte. « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans »: le réalisateur filme magnifiquement ce moment-clé de l’adolescence où l’on quitte l’enfance pour assumer qui l’on est en dehors du giron familial. Cette transition ne se fait pas sans conflits, sans heurts, mais l’amour demeure malgré tout, exprimé de diverses façons.

La distribution est magnifique : Florence Janas joue la mère aimante et parfois désemparée de Willy, Damien Bonnard en père de Jojo est très inquiétant dans sa rudesse et son manque de tendresse. Coup de coeur aussi pour Axelle Fresneau qui joue la petite soeur de Willy, incroyable de naturel. Sayyid El Alami est la révélation du film. Il crève l’écran en ado révolté plein de sensibilité. On en redemande.

Cinéma 2024 : Top 10 !

Cinq films français et cinq films étrangers dans mon Top 10… Et deux films ruraux en tête !

Vingt dieux Louise Courvoisier

Miséricorde Alain Guiraudie

Anora Sean Baker

La bête Bertrand Bonello

Le royaume Julien Colonna

Pauvres créatures Yorgos Lanthimos

L’histoire de Souleymane Boris Lojkine

Santosh Sandhya Suri

Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde Emanuel Pârvu

Le mal n’existe pas Ryûsuke Hamaguchi

Et vous, vos coups de coeur ?

Miséricorde

Film d’Alain Guiraudie

Avec Catherine Frot, Félix Kysyl, Jean-Baptiste Durand

Date de sortie en France : 16 octobre 2024

Le nouveau film d’Alain Guiraudie est une pépite ! Très difficile d’en parler car il serait dommage de gâcher toutes les surprises du scénario. J’envie les futurs spectateurs qui, je l’espère, se laisseront envoûter par le charme inquiétant du personnage principal (Jérémie) magnifiquement interprété par un acteur encore peu connu Félix Kysyl.

Tout se passe à la campagne, dans un petit village dans les environs de Millau. C’est l’automne. A l’occasion de l’enterrement du boulanger, sa veuve Martine (Catherine Frot, toujours aussi parfaite) reçoit chez elle un ancien employé, Jérémie, qui a bien connu le défunt. De fil en aiguille, le nouveau venu s’installe et s’incruste. Le fils de Martine, Vincent, qui a connu Jérémie au temps du collège, en prend ombrage…

Tout est question d’atmosphère. Alain Guiraudie excelle à brouiller les pistes, à laisser beaucoup de questions sans réponses. Le spectateur ressent petit à petit un certain malaise. Le village souvent vide, les habitants à l’allure parfois inquiétante, les routes de campagne, la pluie… Tout est magnifiquement orchestré. Le film est captivant en même temps qu’assez angoissant. Malgré tout, le réalisateur parvient aussi à faire sourire… Petits moments de décompression.

J’ai complètement adoré ce film qui aborde finement les notions de désir, de morale, d’interdit… Une de mes plus grandes émotions au cinéma depuis longtemps. J’avais déjà été fasciné par un précédent film d’Alain Guiraudie « L’inconnu du lac ».