Dora Maar

Dora Maar

Exposition du Centre Pompidou à Paris

Du 5 juin au 29 juillet 2019

Dora Maar n’a pas seulement été la muse de Pablo Picasso. Sa vie a été bien plus riche et remplie que l’on croit. C’est ce que veut montrer l’exposition qui lui est consacrée au Centre Pompidou.

Elle débute sa carrière au début des années 30 après des études artistiques dans les domaines des arts décoratifs, de la photographie et du cinéma. Son histoire est celle d’une émancipation par l’art, et c’est à la photographie qu’elle se consacre dans un premier temps. Toute la première partie de l’exposition est consacrée à ses premiers travaux pour la mode et la publicité. La période est celle de l’essor de la presse illustrée. Elle travaille pour des revues littéraires, des revues de charme et se met aussi au service de marques, encore connues aujourd’hui, comme Pétrole Hahn ou Ambre Solaire. Le point commun de ces différentes réalisations est de mettre en avant la beauté féminine. Un modèle, Assia, attire particulièrement l’attention. Dora Maar la photographie nue à de nombreuses reprises, dans des clichés d’une grande sensualité. Assia Granatouroff est appréciée par de nombreux peintres et photographes de l’époque et fait pleinement partie de ce Paris artistique si foisonnant des années 30 auquel Dora Maar réussit à s’imposer.

La vie de Dora Maar est marquée par de nombreuses rencontres. Elle travaille et se lie d’amitié avec Jacques Prévert, Jean Cocteau, Paul Eluard, Yves Tanguy… Comme eux, elle épouse les causes politiques de l’époque en s’engageant à l’extrême-gauche. Son militantisme est visible dans son travail. Elle se rend en Espagne dans une période de profonds bouleversements politiques (la République espagnole est proclamée en 1931) et photographie la ville de Barcelone. Elle va aussi Londres où elle s’intéresse à la vie dans la rue, et aussi dans la Zone de Paris, immense bidonville qui entourait la ville à l’époque. Dans ces déambulations urbaines, son travail s’apparente à un travail journalistique.

Ces années 30 sont aussi celles du mouvement surréaliste auquel Dora Maar participe pleinement. Entre 1934 et 1936, elle produit une vingtaine de collages et photomontages dans lesquels elle explore son inconscient et différents thèmes comme l’érotisme, le sommeil, le monde de la mer… Avec « Portrait d’Ubu » (qui représente ce que l’on devine être un tatou), Dora Maar pénètre même dans le monde de l’étrange et du fantastique où les frontières entre l’humain, l’animal et le végétal sont brouillées.

La rencontre avec Picasso a lieu pendant l’hiver 1935-1936. Elle devient sa compagne, sa muse et leurs échanges intellectuels et artistiques sont féconds pendant les huit années de leur relation. Elle est présente par exemple au moment de la création de Guernica dont elle photographie les différentes étapes de réalisation. Elle est représentée par la suite dans de nombreux portraits qui feront sa renommée. La peinture prend une place de plus en plus importante dans sa vie. Elle réalise des portraits de Picasso ou l’influence cubiste est évidente.

Au sortir de la guerre, elle est reconnue en tant que peintre. Elle se retire peu à peu dans une vie solitaire, proche de la nature. Ses œuvres en témoignent : paysages abstraits, natures-mortes. Pendant de longues années, elle poursuit ses recherches artistiques, sans exposer son travail. Dans les années 80, elle revient même à la photographie, sa discipline première. Sa vie s’achève en 1997, une vie consacrée à l’art, entre ombres et lumières.

Le Modèle noir

Exposition Le Modèle noir. De Géricault à Matisse

Au Musée d’Orsay du 26 mars au 22 juillet 2019

Quel regard a porté (et porte encore) la société française sur les noirs ? De quelle manière l’art en a t-il rendu compte ? Et quelle place ont occupé des personnalités noires dans le monde de l’art de la fin du XVIIIème siècle aux années 1930 ?

Ces questions sont abordées de front dans l’exposition événement « Le modèle noir. De Géricault à Matisse » en ce moment au Musée d’Orsay.

Les jalons chronologiques de l’exposition sont porteuses de sens : 1794, première abolition de l’esclavage pendant la Révolution Française ; années 1930, l’émergence du concept de négritude sous l’impulsion de grands penseurs comme Aimé Césaire ou Léon-Gontran Damas.

Car l’histoire des regards portés sur la personne noire est indissociable d’une histoire tragique, celle de l’esclavage, de la domination des corps, de la déshumanisation que rappellent de nombreuses œuvres exposées. Une des plus frappantes est le tableau de Verdier « Le châtiment des quatre piquets » qui montrent l’horreur de la banalité des sévices infligés aux esclaves noirs dans les colonies.

Ces longs siècles de domination occidentale, de traites négrières, d’esclavage ont durablement installé dans les esprits l’idée d’une supériorité blanche. Et la seconde abolition de 1848, même si elle est un événement historique majeur, ne va pas changer les choses dans ce domaine. Le célèbre tableau « L’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises » de Biard révèle cette ambiguïté. Œuvre de propagande, il montre des esclaves libérés de leurs chaînes mais toujours soumis à la domination des colons français.

Cette histoire de domination se retrouve aussi dans le titre donné aux œuvres. Un exemple frappant est donné avec le tableau « Portrait de Madeleine » de Marie-Guillemine Benoist qui accueille les visiteurs dès le début de l’exposition. Ce tableau a d’abord été intitulé au moment de sa création en 1800 « Portrait d’une négresse », avant d’être rebaptisé une première fois « Portrait d’une femme noire » en 2000. Et c’est à l’occasion de l’exposition « Le modèle noir » que le tableau obtient son titre définitif. Ce nouveau titre redonne de l’humanité à la personne représentée, elle n’est plus enfermée dans sa couleur de peau. Imaginerait-on un tableau s’intitulant « Portrait d’une femme blanche » ?

De grandes figures, connues ou méconnues, et dans des domaines très variés, jalonnent l’histoire de ce combat pour l’égalité : Toussaint Louverture, le modèle Joseph (représenté sur le célèbre tableau de Géricault « Le radeau de la Méduse »), Alexandre Dumas, Ira Alridge ou plus tard Joséphine Baker. Tout au long du XIXème siècle, dans une société où les théories racistes sont couramment défendues, de nombreux artistes utilisent des modèle noirs : Gérôme, Manet, Nadar plus tard Matisse. L’un des mérites de l’exposition est de montrer quelle place occupaient les personnes noires dans la société française de l’époque. Par exemple, aux Beaux-Arts de Paris, une quarantaine de modèles étaient noirs.

Au XXème siècle, le mouvement de la négritude est le début d’une prise de conscience de la « décolonisation des esprits » qu’il faut entreprendre et dont cette exposition se fait l’écho puissant. En 2019, cette décolonisation est loin d’être achevée, et de ce point de vue, l’exposition a clairement une visée politique salutaire.