Dans le très joli Musée de la Vie romantique de Paris est exposé jusqu’au 10 septembre 2023 le travail de Françoise Pétrovitch. Elle a conçu spécialement pour le musée une quarantaine d’oeuvres inédites (peintures, dessins, sculpures). « Aimer. Rompre » est le titre donné à cette exposition qui investit les différents espaces du musée en s’y intégrant à merveille.
Une vidéo d’une quinzaine de minutes, dès le début de l’exposition, permet au visiteur de mieux connaître cette artiste plasticienne et de l’observer dans son travail. C’est vraiment très intéressant de voir Françoise Pétrovitch manier son pinceau imbibé d’encre ou de peinture, de la regarder construire ses toiles. L’écouter aussi parler de ses sources d’inspiration. Elle évoque le thème de l’île et évoque celle sur laquelle Jean-Jacques Rousseau, précurseur du Romantisme, fut inhumé à Ermenonville. Plusieurs toiles représentent cette île, ce monde à part, entre deux eaux… Son travail parle aussi des liens entre les êtres. Les liens créés à l’adolescence sont ceux qui l’inspirent particulièrement. Période charnière, entre-deux, l’adolescence est faite de rencontres, de rapprochements, d’éloignements… J’ai trouvé ces toiles, réalisées en très grand format, particulièrement émouvantes. Pratiquement tous les personnages représentés , filles, garçons, ferment les yeux. On a cette impression diffuse d’avoir accès à leur intériorité.
J’ai été vraiment charmé par cette exposition. Françoise Pétrovitch est une artiste que je ne connaissais pas mais dont le travail a touché quelque chose de profond en moi. Les mystères de la création artistique…
Quel regard a porté (et porte encore) la société française sur les noirs ? De quelle manière l’art en a t-il rendu compte ? Et quelle place ont occupé des personnalités noires dans le monde de l’art de la fin du XVIIIème siècle aux années 1930 ?
Ces
questions sont abordées de front dans l’exposition événement
« Le modèle noir. De
Géricault à Matisse » en ce moment au Musée d’Orsay.
Les
jalons chronologiques de l’exposition sont porteuses de sens :
1794, première abolition de l’esclavage pendant la Révolution
Française ; années 1930, l’émergence du concept de
négritude sous l’impulsion de grands penseurs comme Aimé Césaire
ou Léon-Gontran Damas.
Car l’histoire des regards portés sur la personne noire est indissociable d’une histoire tragique, celle de l’esclavage, de la domination des corps, de la déshumanisation que rappellent de nombreuses œuvres exposées. Une des plus frappantes est le tableau de Verdier « Le châtiment des quatre piquets » qui montrent l’horreur de la banalité des sévices infligés aux esclaves noirs dans les colonies.
Ces longs siècles de domination occidentale, de traites négrières, d’esclavage ont durablement installé dans les esprits l’idée d’une supériorité blanche. Et la seconde abolition de 1848, même si elle est un événement historique majeur, ne va pas changer les choses dans ce domaine. Le célèbre tableau « L’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises » de Biard révèle cette ambiguïté. Œuvre de propagande, il montre des esclaves libérés de leurs chaînes mais toujours soumis à la domination des colons français.
Cette histoire de domination se retrouve aussi dans le titre donné aux œuvres. Un exemple frappant est donné avec le tableau « Portrait de Madeleine » de Marie-Guillemine Benoist qui accueille les visiteurs dès le début de l’exposition. Ce tableau a d’abord été intitulé au moment de sa création en 1800 « Portrait d’une négresse », avant d’être rebaptisé une première fois « Portrait d’une femme noire » en 2000. Et c’est à l’occasion de l’exposition « Le modèle noir » que le tableau obtient son titre définitif. Ce nouveau titre redonne de l’humanité à la personne représentée, elle n’est plus enfermée dans sa couleur de peau. Imaginerait-on un tableau s’intitulant « Portrait d’une femme blanche » ?
De grandes figures, connues ou méconnues, et dans des domaines très variés, jalonnent l’histoire de ce combat pour l’égalité : Toussaint Louverture, le modèle Joseph (représenté sur le célèbre tableau de Géricault « Le radeau de la Méduse »), Alexandre Dumas, Ira Alridge ou plus tard Joséphine Baker. Tout au long du XIXème siècle, dans une société où les théories racistes sont couramment défendues, de nombreux artistes utilisent des modèle noirs : Gérôme, Manet, Nadar plus tard Matisse. L’un des mérites de l’exposition est de montrer quelle place occupaient les personnes noires dans la société française de l’époque. Par exemple, aux Beaux-Arts de Paris, une quarantaine de modèles étaient noirs.
Au
XXème siècle, le mouvement de la négritude est le début
d’une prise de conscience de la « décolonisation des
esprits » qu’il faut entreprendre et dont cette exposition se
fait l’écho puissant. En 2019, cette décolonisation est loin
d’être achevée, et de ce point de vue, l’exposition a
clairement une visée politique salutaire.