
« Volver la vista atras », tel est le titre original du livre de Juan Gabriel Vásquez sorti en 2020 (édité en français en 2022 aux éditions du Seuil). Le titre français fait directement référence au vocabulaire du cinéma. Le héros du roman est effectivement cinéaste. Il a réellement existé et s’appelle Sergio Cabrera. En 2016, une rétrospective de ses films est organisée à la Cinémathèque de Barcelone. Tel est le point de départ de ce livre touffu qui, beaucoup plus que simplement retracer la carrière artistique de ce réalisateur, revient sur sa vie incroyablement romanesque.
Sergio Cabrera fait partie d’une famille qui a été pleinement impliquée dans plusieurs événements majeurs du XXème siècle, sous des latitudes différentes : en Espagne pendant la guerre civile, en Chine à l’époque de la Révolution Culturelle, en Colombie au début du conflit armé entre les guérillas marxistes et le gouvernement en place. L’auteur retrace avec brio le destin des parents de Sergio Cabrera, obligés de fuir l’Espagne suite à la défaite du camp républicain. Fausto, le père de Sergio, entraine alors sa famille dans un périple où l’engagement et la foi en la Révolution prennent toute la place. Une partie importante du roman est consacrée aux années chinoises. Elle est passionnante. En pleine Révolution Culturelle, la famille Cabrera se retrouve à Pékin. Ils vivent à l’hôtel de l’Amitié, destiné aux expatriés. La fascination exercée par Mao et son petit Livre Rouge est à son comble. Les Cabrera sont persuadés d’être au bon endroit, au coeur de la révolution prolétarienne. Fausto et sa femme retournent en Colombie pour travailler à l’expansion de cette révolution. Ils laissent derrière eux leurs deux enfants adolescents, qui deviennent ouvriers d’usine, s’initient au maniement des armes… On a du mal à y croire, mais les choses se sont réellement passées ainsi.
Le retour en Colombie des deux enfants, devenus jeunes adultes, est conditionné à l’entrée en guérilla. Là encore, le lecteur que je suis a été assez éberlué par la rudesse qu’implique cet engagement où les états d’âmes ont peu de place. Nous pénétrons avec Sergio et sa soeur au coeur de la jungle, lieu hautement inhospitalier…
Juan Gabriel Vasquez signe un livre fort, haletant. Il met ses talents de conteur au service d’une histoire tirées de faits réels. Plusieurs photos illustrent les années passées en Chine par exemple. La réalité dépasse la fiction. Ce livre en donne encore une fois la preuve.
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