DiCaprio, Palme d’or, Godard

Trois films à l’affiche en ce moment retiennent l’attention : « Une bataille après l’autre » de Paul Thomas Anderson avec Leo DiCaprio en vedette, « Un simple accident » de Jafar Panahi , la palme d’or 2025 et « Nouvelle Vague », nouveau film de Richard Linklater qui rend hommage à Godard.

« Une bataille après l’autre » est un film d’action réalisé par un grand cinéaste connu pour son oeuvre exigeante (« Magnolia », « Phantom Thread »…). Pas une minute de répit pour le spectateur pendant près de 2h45 ! Le film impressionne tant il est rythmé, magnifiquement monté. On se s’ennuie pas une seconde car c’est à la fois prenant, drôle, intime et politique. Il est question de révolution, de lutte contre l’arbitraire mais aussi de liens filiaux et d’amour paternel… DiCaprio m’a une nouvelle fois subjugué par son authenticité et sa justesse.

« Un simple accident » aborde des questions très profondes ancrées dans l’histoire contemporaine de l’Iran, le pays où fut emprisonné Jafar Panahi et où il a réussi à tourner le film de façon clandestine. Le film a les allures d’une farce : les victimes d’un tortionnaire retrouvent par hasard (à la faveur d’un « simple accident » de voiture) leur bourreau devenu père de famille respectable. La haine et le ressentiment animent ces personnages mais que faire ? Se venger ? Pardonner ? Ce n’est pas le chef d’oeuvre attendu mais une scène très intense, à la fin du film, vaut le déplacement.

« Nouvelle Vague » est un vrai petit bijou. Pour les amoureux du cinéma, c’est un régal car on passe un délicieux moment avec Jean-Luc Godard, Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, et tant d’autres, réunis sur le tournage du film « A bout de souffle ». Le casting est magnifique : Guillaume Marbeck, Aubry Dullin et Zhoey Deutch sont plus vrais que nature. La reconstitution du Paris des années 50 est très réussie. C’est une plongée dans l’artisanat du cinéma tel que le concevait Godard, à la fois exigeant et très libre. Cela donne envie de créer, d’écrire des histoires, de tourner.

Fitzgerald, Wharton, New York …

« Gatzby le magnifique » et « Sur les rives de l’Hudson » : c’est un grand plaisir de se plonger dans ces deux livres qui ont beaucoup de points communs. C’est tout d’abord New York qui est à l’honneur, la ville de tous les possibles et aussi celle des plus grandes désillusions. Les différents personnages évoluent dans une société dans laquelle la réussite économique, l’accumulation de richesses et la recherche de la renommée sont les maîtres-mots. Le succès, par tous les moyens ou presque, est l’objectif à atteindre. Certains réussissent brillamment, d’autres pas. Mais qu’en est-il de l’amour ?

« Gatzby le magnifique » est un livre étonnant car son personnage principal est très mystérieux. Il possède une gigantesque demeure sur les bords de l’Hudson qui accueille régulièrement des fêtards venus en nombre de New-York. Ces derniers profitent sans vergogne du luxe mis à disposition lors de soirées mémorables qui finissent souvent très tard. Mais quelles sont les motivations profondes de Gatzby ? Comment a t-il accumulé une telle richesse et qu’est-ce qui explique cette débauche de moyens ? C’est à travers les yeux de son voisin (le narrateur), nouvellement installé, que le lecteur découvre petit à petit la complexité du personnage. Au coeur du récit, un amour impossible dans l’Amérique post Première Guerre Mondiale. J’ai adoré le style de Fitzgerald et les surprises du récit.

Avec Edith Warthon, c’est la gloire littéraire qui est coeur des préoccupations du jeune héros nommé Vance Weston. A 19 ans, il quitte le cocon familial pour se rapprocher de New York, une ville qui le fascine. Les rêves pleins la tête, il tente de survivre malgré les nombreuses difficultés qui se présentent devant lui. Face aux contingences du quotidien, aux difficultés financières qui s’accumulent, il est bien difficile pour Vance de vivre de sa plume. Edith Wharton décrit très bien l’enfermement du personnage qui aspire à devenir un grand écrivain mais que la vie n’épargne pas. Comme dans Gatzby, il est question d’un amour déçu. Dans les deux livres, le regard porté sur le sort des femmes (souvent contraintes de se marier par intérêt) est très intéressant.

Paris noir, Le bon Denis, Sinners

Une expo, un livre, un film, trois coups de cœurs ! Ont-ils un lien les uns avec les autres ? Qui sait ? Peut-être…

Le Centre Pompidou met à l’honneur des peintres, des sculpteurs, des plasticiens, des photographes, souvent méconnus; dans une très belle exposition intitulée « Paris noir. Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950-2000« . Le nombre d’œuvres exposées est impressionnant. Le visiteur découvre le travail de Avel de Knight, Bob Thompson, Iba N’Diaye Beauford Delaney, Ed Clark, Guido Llinas ou Emil Cadoo dans un parcours original et stimulant dont l’axe majeur s’articule autour de la pensée d’Edouard Glissant et le concept de créolisation.

Marie Ndiaye publie « Le bon Denis » dans la collection « Traits et portraits » dans laquelle ont été, par exemple, publiés les ouvrages de Chantal Thomas, Yannick Haenel ou Christian Bobin. Roman, récit autobiographique ? On ne sait pas trop avec Marie Ndiaye qui divise son livre en quatre parties très différentes les unes des autres dans lesquelles est évoquée la figure paternelle de façon assez mystérieuse. On retrouve la langue poétique et exigeante de l’autrice de « Trois femmes puissantes ». Son écriture est pleine de non-dits en même temps qu’elle tente de mettre des mots sur des choses très profondes. C’est prenant et émouvant.

« Sinners » est ce qu’on appelle un blockbuster avec comme tête d’affiche Michael B. Jordan qui relève le défi de jouer deux rôles dans le même film (deux jumeaux). L’action se déroule dans le sud des Etats-Unis au temps de la ségrégation. L’ouverture d’un lieu de fête pour la communauté noire est au cœur du récit, la musique et la danse étant un moyen d’échapper (le temps d’une nuit) aux souffrances du travail forcé et au racisme. Mais la violence n’est jamais loin… Le film réserve pas mal de surprises. La reconstitution est magnifique, le rythme très fluide et les scènes d’action réussies. Un vrai plaisir de spectateur.

The Brutalist

3h34 ! La durée donne le vertige, mais l’expérience vaut le détour. L’entracte, très agréable, fait partie du charme du film et permet de savourer jusqu’à la dernière seconde cette fresque cinématographique maîtrisée de bout en bout !

Les thèmes abordés par Brady Corbet sont nombreux et passionnants : le déracinement, la survie après un traumatisme, la force des liens familiaux… L’architecture bien sûr comme le titre l’indique.

Tout commence dans l’immédiat après-guerre. Laszlo Toth, architecte hongrois de confession juive, fuit l’Europe et débarque à New York après avoir survécu au nazisme. Il est accueilli par Attila son cousin installé aux Etats-Unis depuis plusieurs années. C’est une renaissance après l’horreur des camps, la persécution. Toutefois, il a laissé derrière lui sa femme et sa nièce. Les retrouvera t-il un jour ? A Philadelphie, il fait la connaissance d’un riche avocat qui le remet en selle et lui permet de renouer avec son métier et sa passion. Il se lance dans un chantier titanesque avec pour objectif la construction d’un lieu unique en son genre. La démesure du projet est à l’image des souffrances vécues. L’architecture comme témoignage et exutoire…

Le film est superbe. On ne s’ennuie pas une seconde notamment grâce à l’interprétation habitée d’Adrien Brody qui va sans doute recevoir une pluie de récompenses pour ce rôle magnifique. Laszlo Toth est un survivant qui redémarre une vie à zéro loin de chez lui, loin des personnes qu’il aime. Ce qui est bouleversant c’est qu’il continue de subir le rejet, d’être humilié. Difficile de trouver sa place sans renier ses origines, sa culture. Le film écorne le mythe du rêve américain et permet de toucher du doigt la violence sous-jacente qui mine le pays.

« The Brutalist », magnifique titre au sens multiple. La brutalité de l’Histoire, de la vie, des sentiments. C’est aussi la beauté brute des bâtiments et des constructions magnifiquement mise à l’honneur dans ce film mémorable.

Deux titres des (merveilleuses) Editions de Monsieur Toussaint Louverture

Le catalogue des Editions de Monsieur Toussaint Louverture contient quelques pépites à côté desquelles il serait dommage de passer. Depuis quelques temps, cette maison d’édition frappe fort en publiant des livres marquants, notamment la saga « Blackwater » qui a rencontré un énorme succès.

Le roman de Steve Tesich « Price » et le deuxième tome de l’incroyable livre (BD, roman graphique ?) d’Emil Ferris « Moi, ce que j’aime c’est les monstres » font partie des ouvrages que je recommande chaudement.

« Price » est un roman sur un moment de la vie si particulier : le passage à l’âge adulte. Dans l’Indiana, dans la banlieue industrielle de Chicago, trois jeunes hommes finissent leurs études secondaires. Ils s’appellent Daniel Price, Billy Freund, Larry Misiora. Quel sera leur avenir ? Que se passe t-il dans la tête de ces héros (fragiles) qui ont toute la vie devant eux mais qui sont déjà à l’heure des choix ? Faire des études, travailler, partir, rester… aimer ? Steve Tesich rend très attachant ce trio de garçons pas encore adultes dont l’envie d’indépendance est palpable. C’est l’heure de prendre son envol, de tenter des expériences. La vie n’est pas toujours simple quand on a 18 ans… J’ai adoré ce livre, formidablement construit, émouvant, qui décrit bien ce que peut être le vécu de jeunes hommes un peu paumés.

« Moi, ce que j’aime, c’est les monstres » est un Must-Have absolu. Le premier tome avait paru en 2018 et ce fut un choc ! Voici que le deuxième tome arrive enfin et c’est avec joie que je le lirai très bientôt. Tout est incroyable dans ce livre. Formellement, c’est d’une grande beauté (tous les dessins sont réalisés au stylo à bille) et pour l’histoire, le lecteur est emporté dans un tourbillon narratif. L’autrice nous embarque dans le Chicago des années 60 (comme dans « Price »). On suit Karen, jeune fille de 10 ans qui se pose beaucoup de questions. Il est question d’identité, de genre, de secrets familiaux, d’Histoire avec un grand H… C’est passionnant.

Lectures estivales 2023

Un programme éclectique pour mon été 2023. J’espère avoir le temps de me plonger dans toutes ces histoires…

Philip Roth est l’un de mes écrivains préférés. Sa folie, son irrévérence, son goût de la provocation s’accordent parfaitement au style vif et rageur qu’il utilise dans tous ses livres. « Professeur de désir » (paru en 1977) est, comme à l’accoutumée, un tour de force littéraire. Le couple, l’amour, la libido sont quelques uns des thèmes qu’il aborde avec son ironie habituelle mais aussi avec une vraie sincérité, sans pudibonderie aucune. L’ombre de Tchekhov plane sur ce roman et c’est une belle surprise pour le lecteur…

Plongé depuis plusieurs semaines dans l’œuvre dramatique du grand auteur russe, j’ai hâte de découvrir sa nouvelle intitulée « Ma vie. Récit d’un provincial ». La quatrième de couverture présente les choses ainsi :  » A vingt-cinq ans, Missaïl perd pour la dixième fois la petite place d’employé de bureau dans laquelle il végétait. Affligé d’une inaptitude chronique à prendre au sérieux la stricte observation des convenances et de la hiérarchie sociale qui régit la petite ville où il est né, il cherche avec une parfaite bonne foi une façon de vivre qui ne lui donnerait pas en permanence l’impression d’étouffer  » . Tchekhov n’a pas écrit que du théâtre. « La Mouette », « Oncle Vania », « La Cerisaie » font sa renommé de nos jours mais il a aussi produit une très importante oeuvre littéraire sous la forme de nouvelles. « La steppe » est sans doute l’une des plus connues.

L’amour est au centre du livre « Giocanda » de Nikos Kokantzis. L’histoire se déroule en Grèce pendant la Seconde Guerre Mondiale. Je suis curieux de découvrir l’oeuvre de cet auteur car j’ai très peu lu de littérature grecque.

Je reviens toujours à Murakami. Cette fois-ci par ses nouvelles et un recueil intitulé « Première personne du singulier ». Ici aussi il est question de rencontres, d’amour charnel mais aussi de jazz, de base-ball. Dans l’univers de cet auteur, tout est possible, comme le fait qu’un singe soit doué de parole… Huit nouvelles qui vont sûrement me rappeler des souvenirs. J’ai tant aimé ses romans (L’incolore Tsukuru, Chroniques de l’oiseau à ressort, Kafka sur le rivage, La ballade de l’impossible…).

Et vous, quel est le programme ?

Elle et lui

Film de Leo McCarey

avec Irene Dunne, Charles Boyer…

1939

Quel plaisir de découvrir, un peu par hasard, un très beau film américain de 1939 dont le titre original est « Love affair ». Elle, c’est Terry, lui c’est Michel. Ils se rencontrent à bord d’un transatlantique, lieu ô combien romantique. C’est un lieu transitoire, hors du temps… Ni l’un ni l’autre ne sont libres car à New York les attendent celui et celle qu’ils doivent épouser. Pourtant, une attirance réciproque naît et, malgré la pudeur et le sens du devoir qui animent les deux personnages, elle ne fait que croître tout au long du voyage qui dure une dizaine de jours. A l’occasion d’une escale sur l’île de Madère, Terry fait la rencontre de la grand-mère de Michel et découvre de façon plus intime la vie de ce bel inconnu…

Le film possède un charme énorme. Le scénario est plein de surprises car une fois arrivés à New York, les deux personnages sont confrontés à plusieurs difficultés. Un deuxième film commence… Quant aux deux interprètes principaux, Irene Dunne et Charles Boyer, ils sont irrésistibles. Leur jeu est délicat, subtil. Ils savent mettre une petite dose d’humour, leurs yeux frisent et expriment beaucoup de choses.

Un vrai coup de coeur !

Le film a fait l’objet d’un remake dans les années 50, avec Cary Grant et Deborah Kerr, toujours réalisé par Leo McCarey !

Envies de lecture : Les éclats / La petite-fille

Deux livres, sortis tout récemment, me font très envie. Les nouveaux romans de Bret Easton Ellis « Les éclats » et de Bernhard Schlink « La petite-fille ».

Bret Easton Ellis est un auteur incontournable de la littérature contemporaine. « Moins que zéro », « Lunar Park », « American psycho » sont quasiment devenus des classiques. Un nouveau roman de l’écrivain californien est forcément un événement. Ses ouvrages fascinent, irritent, révulsent… Sans être un spécialiste, je crois que cet écrivain a su capter quelque chose du mal qui ronge les sociétés occidentales. Ses thèmes favoris : la vacuité, la violence, l’égoïsme… Son dernier livre « Les éclats » met en scène un personnage du nom de Bret, qui au début des années 80, se passionne pour l’écriture. Il rédige un roman intitulé « Moins que zéro »… Comme dans « Lunar Park », l’auteur semble jouer la carte de la vraie-fausse autobiographie. Cela m’intrigue…

« Le liseur » de Bernhard Shlink est un roman magnifique dont je conseille vivement la lecture. J’ai entendu beaucoup de bien de son nouveau livre « La petite-fille ». Kaspar est libraire à Berlin. Il découvre tardivement (suite au décès de son épouse) qu’une partie de sa famille lui est inconnue. En effet, sa femme avait abandonné un enfant en RDA avant de passer à l’ouest. Il tente de renouer le fil et fait ainsi la connaissance de sa fille Svenga et de sa petite fille Sigrund. Difficile de recréer un lien, d’autant plus que le fossé culturel et idéologique est immense… J’imagine que l’auteur explore les blessures et fractures de l’histoire contemporaine de l’Allemagne comme il l’avait fait dans « Le Liseur ». J’espère trouver le temps de me plonger dans ce livre très bientôt.

Les commentaires de celles et ceux qui ont lu l’un ou l’autre de ces livres sont les bienvenus !

4 3 2 1

Roman de Paul Auster

Editions Actes Sud

Date de parution en France : 2018 (Traduction de Gérard Meudal)

« 4 3 2 1 » est un livre hors du commun. Ce roman est un tour de force littéraire dans lequel le lecteur se plonge avec bonheur. Car le projet de Paul Auster est en effet assez incroyable : raconter la vie d’un personnage, Ferguson, de quatre manières différentes. Un seul personnage mais quatre destins. Réunis en un seul roman.

Comme beaucoup d’histoires américaines, tout commence à Ellis Island, point d’arrivée de millions d’immigrés européens. Le grand-père du héros a quitté les confins de l’Europe centrale pour tenter sa chance en Amérique. Il surmonte beaucoup de difficultés mais parvient à s’y installer, à construire un foyer. Archie Ferguson, le petit-fils, naît quelques décennies plus tard. L’auteur se concentre sur l’enfance, l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte de ce personnage, sorte de double littéraire qui vit donc quatre existences différentes. A quoi tient le destin d’un homme ? Aux choix personnels, aux rencontres, à la fatalité, au hasard, à la chance… De façon vertigineuse, l’auteur nous parle de la fragilité de toute vie humaine. Nous sommes tous ballottés par des événements qui nous dépassent : que surviennent un divorce, un décès prématuré, un fait divers, une histoire d’amour, le déclenchement d’une guerre et nos vies prennent un chemin auquel nous n’étions pas forcément préparés…

Un point commun toutefois dans ces quatre destins singuliers : le goût de la chose littéraire. Ferguson est passionné par les grands auteurs et par l’écriture. Il devient apprenti écrivain ou bien journaliste. Il a la chance de partir à Paris pour assouvir sa passion pour les poètes français ou il couvre, pour le journal de son université, les manifestations étudiantes et les blocages qui on lieu à Columbia. A New York, il fait éditer de façon confidentielle ses écrits avant-gardistes. A Londres, grâce à ses relations, il rencontre un grand éditeur qui l’aide à lancer sa carrière de jeune écrivain prometteur… La vie est pleine de surprises et de bifurcations possibles.

Comment de pas tomber amoureux de New York en lisant Paul Auster ? La ville est l’un personnages principaux de « 4 3 2 1 » . Harlem, Greenwich Village, Broadway, l’Upper West Side et tant d’autres endroits sont la toile de fond de cette quadruple histoire passionnante et addictive. L’auteur aime sa ville et la rend familière à ses lecteurs. On a envie d’y aller pour flâner à Central Park ou boire un café dans les quartiers étudiants. Paul Auster est un auteur prolifique : « Brooklyn Follies« , « Cité de verre » , « Moon Palace » et beaucoup d’autres livres mettent New York à l’honneur. J’ai hâte de les découvrir.

Sidérations

Roman de Richard Powers

Editions Actes Sud

Date de sortie en France : septembre 2021 (traduction de Serge Chauvin)

Le nouveau roman de Richard Powers est passionnant. L’auteur réussit l’exploit d’aborder une multitude de sujets : la relation père-fils, les ravages du réchauffement climatique, le processus de deuil, l’exploration de l’univers… Théo Byrne est astrobiologiste. Universitaire reconnu, il est spécialiste des exoplanètes. Passionné de Science-Fiction depuis son plus jeune âge, il a trouvé dans cette profession une manière de faire coïncider rêve et réalité. Grâce aux progrès fulgurants en matière d’observation de l’espace lointain, son but est de faire la découverte d’astres inconnus. Son imaginaire est peuplé de planètes plus différentes les unes que les autres. Il les décrit avec beaucoup de détails à son jeune fils de neuf ans Robin avant le coucher du soir. Ces moments à deux sont importants pour ces deux êtres blessés. En effet, Théo et Robin tentent de survivre au drame de la disparition brutale d’Aly. Théo est veuf, Robin orphelin de mère.

La relation père-fils est centrale dans le récit. Théo fait ce qu’il peut pour apaiser le chagrin de Robin. Les troubles du comportement de ce dernier laissent le père démuni. A l’école, Robin est sans cesse en décalage, ne parvient pas à s’intégrer au groupe. Il se pose beaucoup de questions sur la survie de l’humanité, est révolté par l’inaction des politiques dans le domaine environnemental. Sa mère était une militante acharnée de la cause écologique, une combattante à l’énergie débordante. Il se connecte à elle en poursuivant le combat.

L’un des aspects les plus troublants du récit de Richard Powers réside dans cette relation au-delà de la mort qui unit Robin à sa mère. En effet, son père Théo refuse que la tristesse et l’agitation de son fils soit traitée de façon médicamenteuse. Il accepte qu’un traitement révolutionnaire lui soit administré. Robin bénéficie donc de plusieurs séances d’IRM dans lesquelles l’intelligence artificielle tient un rôle majeur. Robin apprend à gérer ses émotions et à développer son empathie. Les progrès du jeune garçon sont fulgurants. Il s’apaise, contrôle de mieux en mieux sa colère. Ce programme lui permet aussi de se connecter aux émotions passées de sa mère…

« Sidérations » est donc un récit qui aborde des domaines à la fois scientifiques, politiques, psychologiques. Cette histoire est aussi pleinement inscrite dans l’actualité. L’inquiétude voire la rage du jeune Robin face à la destruction des écosystèmes fait écho aux nombreuses manifestations menées de nos jours partout dans le monde par de jeunes militants écologistes. Greta Thunberg est clairement une source d’inspiration pour Richard Powers. L’espoir d’un monde meilleur est grand. Les planètes lointaines qu’aiment observer et imaginer Théo et son fils sont une façon d’échapper au marasme. C’est aussi une manière de prendre conscience de l’incroyable beauté de la planète Terre, et de sa fragilité.