
Des lectures se font parfois écho, étrangement. J’ai lu tout récemment un livre de Stefan Zweig et un livre de Hervé Le Tellier, deux auteurs qui n’ont a priori que peu de choses en commun. « Le monde d’hier » et « Le nom sur le mur » sont des livres très différents par bien des aspects mais des thématiques communes les rapprochent pourtant. Zweig et Le Tellier nous parlent tous deux du XXème siècle, de la guerre, de la résistance face au fascisme.
« Le monde d’hier » est un livre passionnant. Zweig écrit cette autobiographie au crépuscule de sa vie, en 1941. Il est en exil, désespéré par la violence insensée de la guerre qui meurtrit à nouveau l’Europe. Il a connu la Guerre 14-18 et pensait, comme beaucoup de gens de sa génération, que des leçons avaient été tirées du cataclysme qu’avait représenté ce premier conflit mondial. Mais la folie d’un homme et l’aveuglement des autres ont fait basculé le monde à nouveau dans l’horreur. Les dernières pages du livre expliquent avec beaucoup de détails les différentes étapes qui ont permis l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Zweig est affligé. Son désespoir d’alors contraste avec une vie faite de rencontres. Son existence a été consacrée à l’écriture. Il a, de son vivant, obtenu la reconnaissance, été lu dans le monde entier. Tout au long du livre, il fait l’éloge du cosmopolitisme, dénonce l’idée de frontière. Il exècre le concept de nationalisme et reste fidèle à l’état d’esprit très ouvert de la Vienne de sa jeunesse. C’est un partisan acharné de la paix et de la tolérance qui constate amèrement l’échec de son combat.
L’ambition du livre de Hervé Le Tellier est moindre. Son livre « Le nom sur le mur » retrace la courte vie d’un résistant André Chaix, mort au combat à 20 ans en 1944. La violence de la guerre, ce sont ces innombrables destins brisés, souvent anonymes. Ce livre-enquête, à partir d’archives parcellaires, entend mettre la lumière sur le choix de vie d’un homme qui, comme beaucoup d’autres, a mis son égoïsme et son confort de côté afin de s’engager dans un combat très dangereux. Il est question de courage bien sûr, de lutte collective, d’abnégation… S’agit-il d’un choix véritable ou d’un destin qui bascule sans que l’on sache vraiment pourquoi ? La question reste en suspens. Ce livre nous rappelle le combat pour les valeurs humanistes n’est jamais clos, que les périls demeurent. Un lecture importante donc.