Fitzgerald, Wharton, New York …

« Gatzby le magnifique » et « Sur les rives de l’Hudson » : c’est un grand plaisir de se plonger dans ces deux livres qui ont beaucoup de points communs. C’est tout d’abord New York qui est à l’honneur, la ville de tous les possibles et aussi celle des plus grandes désillusions. Les différents personnages évoluent dans une société dans laquelle la réussite économique, l’accumulation de richesses et la recherche de la renommée sont les maîtres-mots. Le succès, par tous les moyens ou presque, est l’objectif à atteindre. Certains réussissent brillamment, d’autres pas. Mais qu’en est-il de l’amour ?

« Gatzby le magnifique » est un livre étonnant car son personnage principal est très mystérieux. Il possède une gigantesque demeure sur les bords de l’Hudson qui accueille régulièrement des fêtards venus en nombre de New-York. Ces derniers profitent sans vergogne du luxe mis à disposition lors de soirées mémorables qui finissent souvent très tard. Mais quelles sont les motivations profondes de Gatzby ? Comment a t-il accumulé une telle richesse et qu’est-ce qui explique cette débauche de moyens ? C’est à travers les yeux de son voisin (le narrateur), nouvellement installé, que le lecteur découvre petit à petit la complexité du personnage. Au coeur du récit, un amour impossible dans l’Amérique post Première Guerre Mondiale. J’ai adoré le style de Fitzgerald et les surprises du récit.

Avec Edith Warthon, c’est la gloire littéraire qui est coeur des préoccupations du jeune héros nommé Vance Weston. A 19 ans, il quitte le cocon familial pour se rapprocher de New York, une ville qui le fascine. Les rêves pleins la tête, il tente de survivre malgré les nombreuses difficultés qui se présentent devant lui. Face aux contingences du quotidien, aux difficultés financières qui s’accumulent, il est bien difficile pour Vance de vivre de sa plume. Edith Wharton décrit très bien l’enfermement du personnage qui aspire à devenir un grand écrivain mais que la vie n’épargne pas. Comme dans Gatzby, il est question d’un amour déçu. Dans les deux livres, le regard porté sur le sort des femmes (souvent contraintes de se marier par intérêt) est très intéressant.

Si peu

Les éditions P.O.L font paraître un livre en cette rentrée littéraire 2024 dont la lecture restera longtemps gravée dans ma mémoire. « Si peu » (« Tanto poco ») est le titre français de ce roman italien que j’ai trouvé magistral. Marco Lodoli, en moins de 150 pages, met le lecteur dans la peau et dans dans le coeur d’une femme éperdument amoureuse. C’est un amour qui n’est pas payé de retour, à sens unique. Impossible. Imaginaire ?

Tout se passe à Rome. Un jeune professeur est nommé dans une école. Il est accueilli par la concierge de l’établissement qui le prend pour un élève… L’ambiguïté est, dès le départ au coeur, de leur lien. Cette femme va nourrir une passion secrète pour cet homme qu’elle côtoie pendant des décennies. Un amour pur, selon elle, qu’elle assume jusqu’au bout.

La lecture de cette histoire est parfois dérangeante mais en même temps très touchante. Cette femme amoureuse nous émeut car elle décrit l’évidence de son attachement avec beaucoup de force. Elle aime, semble t-il, sans rien attendre en retour. Elle veille de loin sur « son homme », veut le protéger, croit se sentir indispensable. Le comportement de cette femme est mystérieux, incompréhensible peut-être. L’amour fou, par définition, est-il compréhensible ? Rentre-il dans un cadre ? « Si peu » est en tout cas un très beau récit, le condensé d’une vie peu commune.

« Mais moi, j’ai toujours été au même endroit, immobile, racine piquée dans une dévotion qui est peut-être de l’amour ou peut-être simplement de la peur. »

Repérages rentrée littéraire 2024 !

J’adore cette période, fin août, pendant laquelle les éditeurs mettent en avant leurs nouveautés. La presse commence à donner ses coups de coeur. Je regarde à droite à gauche et sélectionne quelques titres qui pourraient m’intéresser…. et vous aussi j’espère.

Le club des enfants perdus de Rebecca Lighieri (P.O.L)

J’avais été bluffé par la noirceur d’un précédent livre de cette autrice intitulé « Il est des hommes qui se perdront toujours ». La noirceur semble toujours au rendez-vous de ce nouveau roman qui fait entrer le lecteur à l’intérieur d’une famille dysfonctionnelle en flirtant avec le surnaturel.

Bien-être de Nathan Hill (Gallimard)

Un gros roman de 688 pages qui décrit une histoire d’amour sur plus de vingt années. J’aime la littérature américaine et j’ai envie de découvrir cet auteur.

Blackouts de Justin Torres (L’Olivier)

« Un homme de 27 ans d’origine portoricaine nous raconte une histoire. Celle de son ami Juan et d’un livre retrouvé. Celle d’un passé réduit au silence. Celle d’un temps pas si lointain où l’homosexualité était considérée comme une maladie. »… Le résumé m’intéresse. La forme est originale puisqu’elle mêle fiction et documents réels.

Histoire d’une domestication de Camilla Sosa Villada (Métailié)

Le titre est intriguant. En lisant la quatrième de couverture, on apprend qu’il est question d’amour, de famille, de théâtre…

Mille images de Jérémie de Clement Ribes (Verticales)

Un livre fait de fragments pour décrire une histoire d’amour, son mystère. Connait-on vraiment l’être aimé ?

La petite soeur de Mariana Enriquez (Editions du sous-sol)

Le portrait de l’écrivaine argentine Silvana Ocampo. Mariana Enriquez veut redonner ses lettres de noblesse à cette femme discrète dont la notoriété est restée dans l’ombre de ses acolytes masculins (Borges notamment).

S’aimer dans la grande ville de Sang Young Park (La Croisée)

Un jeune homme homosexuel tente de trouver sa place dans la société coréenne encore très archaïque sur la question des moeurs. Cela m’intéresse de découvrir ce roman qui a eu un grand succès dans son pays.

Durrell / Auster / Bobin

« La quatuor d’Alexandrie » est une oeuvre complexe et poétique. Un quatuor de personnages (Justine, Balthazar, Mountolive, Clea) pour quatre romans distincts mais intimement liés les uns aux autres. Quatre histoires pleines d’échos ayant pour cadre la très romanesque ville d’Alexandrie. Dans « Justine », Lawrence Durrell nous présente les personnages en présence. Le narrateur tombe sous le charme de la belle et mystérieuse Justine. Il est en couple avec Melissa, Justine est avec Nessim. Il est question d’amour, de désir, d’interdit… La liberté est ce qui caractérise le mieux les protagonistes même s’ils sont aussi torturés, assaillis de doutes. On se perd avec eux dans les différents quartiers de la ville, on y fait la rencontre de personnages secondaires atypiques, hauts en couleur… Le premier tome de ce « quatuor » est plein de charme. La prose est superbe.

Dans « Baumgartner », Paul Auster parle aussi d’amour, au passé, au présent, et peut-être au futur. Le personnage éponyme est veuf. Plus de dix après le décès brutal de son épouse qui se noie accidentellement dans la mer, Baumgartner panse encore ses plaies . Avec le temps, elles sont moins douloureuses mais est-il encore possible de croire à l’amour après un tel choc ? Le souvenir de l’être aimé hante celui qui reste. Paul Auster analyse avec justesse la difficulté de se libérer du passé. Par bribes, il se souvient de qui était sa femme, revient aux origines de leur attachement mutuel qui a duré plusieurs décennies. C’est magnifique de voir ce personnage blessé se remémorer les tout débuts, les premières difficultés du couple… La forme du livre est originale et fait penser à une sorte d’auto-analyse faite d’associations d’idées, de souvenirs épars… Il est aussi question de création littéraire, du métier d’écrivain. Baugmartner fait bien sûr penser à un double de Paul Auster. Ce livre m’a beaucoup touché.

Christian Bobin est un auteur vers lequel je reviens souvent. J’admire sa justesse, sa droiture, sa simplicité… « Le muguet rouge » est un court livre où les choses se mélangent, sans hiérarchie apparente. S’en dégage une douceur, une générosité qui font du bien. L’auteur exprime aussi à plusieurs reprises sa révolte face à une modernité technologique qui pousse à l’individualisme, au rétrécissement, à une forme de médiocrité. « L’âme est une espèce non protégée » .

Yannick / Anatomie d’une chute

Deux films font l’événement en ce moment dans les salles : « Yannick » de Quentin Dupieux et « Anatomie d’une chute » de Justine Triet. Les spectateurs sont au rendez-vous. Cela fait plaisir de voir deux films français, qu’on peut classer comme des films d’auteur, faire autant d’entrées. J’ai trouvé pour ma part qu’il s’agit effectivement là de deux oeuvres audacieuses et surprenantes. Je ne me suis pas ennuyé une seconde. Pourtant, quelque chose m’a manqué, ou parfois même agacé. Cela m’a empêché d’adhérer complètement à ces deux réalisations.

Dans ces deux films, les actrices et acteurs sont magnifiques. Sandra Hüller dans « Anatomie d’une chute » impressionne par sa présence, son mystère. Dans « Yannick », c’est l’acteur Raphaël Quenard, peu connu encore du grand public, qui rafle tous les suffrages. Il est vraiment irrésistible. Rien à dire, donc, sur l’interprétation. Quand au dispositif mis en place par les deux réalisateurs, il est aussi intéressant. D’ailleurs, un point commun entre ces deux films se dégage : il s’agit à chaque fois de filmer une sorte de huis-clos. Dans « Yannick » il a lieu dans un théâtre où un spectateur (Yannick joué par Raphaël Quenard) prend en otage le public et les acteurs en plein milieu d’une représentation. Dans le film de Justine Triet, nous sommes dans un tribunal et assistons à un procès, celui de Sandra (jouée par Sandra Hüller) soupçonnée d’avoir tué son mari. C’est à chaque fois prenant, et même passionnant. Les deux films installent un réel suspense qui tient en haleine le spectateur.

Pourquoi émettre alors des réserves ? Là où le bât blesse pour moi, c’est au niveau du scénario. Dans « Yannick », la réaction des acteurs et actrices, face à l’intrusion de Yannick, me semblent très caricaturale, excessivement méprisante. De même, il me semble que le réalisateur manque sa cible quand il se moque de façon aussi grossière du milieu théâtral en ciblant le théâtre de boulevard… Quant au film de Triet, les choses auraient sans doute pu être plus touchantes encore si le film avait été moins cérébral. Il est difficile de vraiment s’identifier au couple qui nous est présenté. Je n’ai, par ailleurs, pas été très convaincu par certains rebondissements…

Et vous, quel est votre ressenti ?

Il Boemo

Film de Petr Vaclav

avec Vojtech Dyk, Barbara Ronchi, Elena Radonocich…

Date de sortie en France : 21 juin 2023

Quelle audace de réaliser un film sur un homme que tout le monde, ou presque, a oublié. Josef Myslivecek, surnommé « Il Boemo » est un grand compositeur du XVIIIè siècle, contemporain de Mozart. A son époque, il est reconnu pour son talent exceptionnel. Peu de gens, aujourd’hui, s’en souviennent.

Le film de Peter Vaclav rend un très bel hommage à cet homme passionné qui se donna tout entier à son art. La reconstitution est splendide. Il Boemo travaille à Venise, Bologne, Naples, retourne parfois à Prague, sa ville d’origine. Son parcours est marqué par les rencontres car se faire connaître des puissants est essentiel pour pouvoir travailler. Il Boemo est bel homme, plaît beaucoup aux femmes et son charme n’est pas étranger à son succès. Le film reconstitue merveilleusement bien l’atmosphère libertine et sensuelle de l’époque. Le personnage rencontre aussi l’amour mais les conventions sociales empêchent beaucoup de choses…

« Il Boemo » est un film assez impressionnant. C’est visuellement très beau et la dimension tragique du personnage émeut. On découvre avec beaucoup de plaisir l’oeuvre de cet illustre inconnu grâce à de nombreux extraits d’opéras ou de symphonies. A ne pas rater pour tous les amoureux de musique classique.

Elle et lui

Film de Leo McCarey

avec Irene Dunne, Charles Boyer…

1939

Quel plaisir de découvrir, un peu par hasard, un très beau film américain de 1939 dont le titre original est « Love affair ». Elle, c’est Terry, lui c’est Michel. Ils se rencontrent à bord d’un transatlantique, lieu ô combien romantique. C’est un lieu transitoire, hors du temps… Ni l’un ni l’autre ne sont libres car à New York les attendent celui et celle qu’ils doivent épouser. Pourtant, une attirance réciproque naît et, malgré la pudeur et le sens du devoir qui animent les deux personnages, elle ne fait que croître tout au long du voyage qui dure une dizaine de jours. A l’occasion d’une escale sur l’île de Madère, Terry fait la rencontre de la grand-mère de Michel et découvre de façon plus intime la vie de ce bel inconnu…

Le film possède un charme énorme. Le scénario est plein de surprises car une fois arrivés à New York, les deux personnages sont confrontés à plusieurs difficultés. Un deuxième film commence… Quant aux deux interprètes principaux, Irene Dunne et Charles Boyer, ils sont irrésistibles. Leur jeu est délicat, subtil. Ils savent mettre une petite dose d’humour, leurs yeux frisent et expriment beaucoup de choses.

Un vrai coup de coeur !

Le film a fait l’objet d’un remake dans les années 50, avec Cary Grant et Deborah Kerr, toujours réalisé par Leo McCarey !

Derniers coups de ❤️ …

Roman, nouvelles, essai, expo : envie de partager quelques découvertes enthousiasmantes faites récemment…

« Les Hauts de Hurle-vent » (« Wuthering heights ») d’Emily Brontë est une lecture qui secoue. Les personnages de ce roman sont inoubliables. Leurs sentiments sont exacerbés ; tous, pratiquement, frôlent la folie. Une grande violence parcourt le livre de bout en bout. On pense aux tragédies shakespeariennes, à leur lyrisme, à leur noirceur.

Les nouvelles et contes de l’écrivain argentin Julio Cortázar sont une autre très belle découverte. La collection Quarto chez Gallimard permet de plonger dans l’oeuvre foisonnante de cet auteur. Elle s’inscrit dans une tradition, celle du réalisme magique. Ses histoires sont inquiétantes, mystérieuses, pleine d’invention, magnifiquement construites.

Le livre de Jean-Christophe Bailly, malicieusement intitulé « Paris quand même » est un régal. L’auteur partage sa vision de la capitale, ville qu’il adore par dessus tout. Il promène le lecteur dans les quartiers qu’il connaît bien, parfois méconnus du grand public, constate les évolutions récentes en terme d’architecture, d’aménagement… Quelques coups de griffes parsèment le livre (à l’encontre de la mairie, d’hommes d’affaires connus qui s’accaparent le patrimoine) mais cet essai très personnel est surtout, à mes yeux, une déclaration d’amour érudite et passionnée qui permet de voir Paris sous un autre oeil.

Christian Bobin est un auteur qu’il faut lire et relire. « Ressusciter » contient la dose habituelle de petits miracles littéraires. Par des mots simples, Bobin touche en plein coeur car il fait inlassablement l’éloge de la beauté, de la poésie, du dépouillement… Etre attentif aux choses, aux autres, se débarrasser du superflu pour s’ouvrir à la vie véritable. Ses livres sont courts mais tellement remplis !

Une très belle exposition a lieu en ce moment à la Maison Européenne de la Photographie (jusqu’au 21 mai 2023). Elle est consacrée à la photographe sud-africaine Zanele Muholi. Militante, elle réalise depuis des années de nombreux clichés qui documentent la vie des personnes noires et LGBTQIA+ de son pays. La rétrospective est passionnante.

L’innocent / Sans filtre (Triangle of Sadness)

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Les films de Louis Garrel et de Ruben Östlund sont deux coups de maître sortis récemment au cinéma et à côté desquels il serait dommage de passer. Sous des allures de polar, de parodie de film de braquage et de comédie romantique, « L’Innocent » fait beaucoup rire et offre aux spectateurs quelques scènes mémorables. « Sans filtre » (« Triangle of Sadness »), Palme d’Or du dernier Festival de Cannes, n’est pas en reste. On rit aussi mais d’un rire différent, peut-être nerveux. Sur le yacht pour ultra-riches sur lequel se déroule une bonne partie de l’histoire, le réalisateur suédois orchestre avec maestria la mise en scène du malaise. 

Le thème de la relation amoureuse est commun aux deux films, traité de façon très différente. Dans le film de Garrel, deux histoires s’entrecroisent : Sylvie (Anouk Grinberg) tombe folle amoureuse de Michel (Roschdy Zem) qu’elle rencontre en prison. Ils se marient. Son fils Abel, (Louis Garrel) qui voit d’un mauvais oeil le remariage de sa mère, se remet quant à lui petit à petit de la mort de sa femme. Clémence (Noémie Merlant), une amie, est très présente pour lui. Elle est la joie et la bonne humeur incarnée. On comprend cependant très vite qu’elle refoule ses sentiments… D’un côté, un amour qui se vit pleinement et passionnément, de l’autre une grande pudeur et un blocage. Le grand talent du réalisateur est de mêler les registres : sur le parking d’un resto-routier, il filme l’abracadabrantesque braquage d’un camion transportant des boites de caviar en même temps que la naissance d’un amour ! C’est une scène d’anthologie qu’on n’oubliera pas. Le talent (comique) de Noémie Merlant est irrésistible. 

Dans « Sans filtre », un couple est aussi au coeur du récit, celui formé par Carl et Yaya. Tous deux sont mannequins professionnels. Leur image, instagrammée au quotidien, est leur gagne-pain. La notoriété (singulièrement celle de Yaya)  permet à ces deux personnages de se faire inviter sur une croisière de luxe à bord d’un yacht. Cette croisière est l’occasion pour Ruben Östlund de décrire de façon hilarante et très grinçante le monde des ultra-riches. Un monde totalement déconnecté du réel, cynique, quasi inhumain. Le riches se gavent, profitent de leurs privilèges avec outrance en exigeant une soumission totale du « petit » personnel… Une tempête (qui donne lieu à une scène incroyable dans laquelle le spectateur ressent lui-même le malaise) et un événement inattendu viennent chambouler l’ordre établi. Les classes sociales, jusque là si hermétiques les unes aux autres, vont devoir se parler, vivre ensemble. Pendant un temps, les injustices disparaissent… Le film est sans doute, par certains côtés, caricatural mais tellement jouissif ! La construction du scénario (en trois parties distinctes), la mise en scène, le talent des comédiens font de ce film un grand moment de cinéma. 

Peter Von Kant

Source image : http://www.telerama.fr

Film de François Ozon

Avec Denis Ménochet, Khalil Gharbia, Isabelle Adjani…

Date de sortie en France : 6 juillet 2022

Peter Von Kant est un homme profondément malheureux. Cinéaste à la renommée internationale d’une cinquantaine d’années, il vit dans un très bel appartement à Cologne accompagné d’un assistant dévoué et soumis qu’il prend plaisir à maltraiter et à humilier à la moindre occasion. L’alcool, la drogue sont par ailleurs des dérivatifs qui l’aident à calmer les angoisses dans lesquelles le plonge la solitude. Puis vient une rencontre qui change tout, pendant un temps.

Son amie Sidonie, actrice et chanteuse célèbre (formidable Isabelle Adjani), lui rend visite et lui parle d’un jeune homme qu’elle aimerait lui présenter. Il s’appelle Amir et son charme est dévastateur. Le coup de foudre a lieu, les yeux du cinéaste s’illuminent à nouveau. Une joie de vivre intense renaît. Une envie de créer aussi. Peter décèle chez Amir des qualités qui peuvent faire de lui une star. Il est beau, il a de l’allure… Usant de toute l’influence et du pouvoir que lui confère son statut de réalisateur reconnu, il veut l’introduire dans le milieu du cinéma, le pousse à devenir acteur. Très vite, il, lui propose aussi de vivre sous son toit. Hésitant, Amir se laisse pourtant convaincre. L’opportunité est trop belle…

François Ozon adapte librement une pièce de théâtre et un film de Fassbinder « Les larmes amères de Petra Von Kant ». Petra devient Peter et alors que le film originel évoquait le milieu de la mode, Ozon choisit de parler d’un monde qu’il connaît par coeur, celui du cinéma. Il est question de domination, de manipulation, de dépendance affective, d’histoire d’amour torturée… Autant de sujets que le cinéaste a abordé de nombreuses fois dans sa filmographie. On a parfois l’impression d’être au théâtre (comme dans « Huit femmes »): l’action se déroule quasi exclusivement dans un seul et même lieu (l’appartement de Peter), le jeu des comédiens paraît volontairement outré, ampoulé. La prestation de Denis Ménochet est particulièrement impressionnante. Avec une grande justesse, il parvient à rendre très crédible sa part de féminité par le corps, la voix, les attitudes. Il joue un personnage désespéré, violent, excessif et il réussit à le rendre presque attachant. Peter Von Kant est en quête d’absolu et exprime un besoin d’amour immense. Dans cette quête, il se perd car il semble mélanger réalité et fiction… François Ozon pose la question de savoir si la création artistique est compatible avec une vie personnelle sereine, apaisée. Au spectateur d’y réfléchir.