Si peu

Les éditions P.O.L font paraître un livre en cette rentrée littéraire 2024 dont la lecture restera longtemps gravée dans ma mémoire. « Si peu » (« Tanto poco ») est le titre français de ce roman italien que j’ai trouvé magistral. Marco Lodoli, en moins de 150 pages, met le lecteur dans la peau et dans dans le coeur d’une femme éperdument amoureuse. C’est un amour qui n’est pas payé de retour, à sens unique. Impossible. Imaginaire ?

Tout se passe à Rome. Un jeune professeur est nommé dans une école. Il est accueilli par la concierge de l’établissement qui le prend pour un élève… L’ambiguïté est, dès le départ au coeur, de leur lien. Cette femme va nourrir une passion secrète pour cet homme qu’elle côtoie pendant des décennies. Un amour pur, selon elle, qu’elle assume jusqu’au bout.

La lecture de cette histoire est parfois dérangeante mais en même temps très touchante. Cette femme amoureuse nous émeut car elle décrit l’évidence de son attachement avec beaucoup de force. Elle aime, semble t-il, sans rien attendre en retour. Elle veille de loin sur « son homme », veut le protéger, croit se sentir indispensable. Le comportement de cette femme est mystérieux, incompréhensible peut-être. L’amour fou, par définition, est-il compréhensible ? Rentre-il dans un cadre ? « Si peu » est en tout cas un très beau récit, le condensé d’une vie peu commune.

« Mais moi, j’ai toujours été au même endroit, immobile, racine piquée dans une dévotion qui est peut-être de l’amour ou peut-être simplement de la peur. »

L’Immensita / Aftersun

Deux films sortis en ce début d’année en France m’ont vraiment marqué. De nature très différente, ils abordent le thème de l’amour filial d’une façon bouleversante chacun à leur manière. Dans « L’Immensita » de Emanuele Crialese et dans « Aftersun » de Charlotte Wells, le spectateur est aussi ébloui par le talent des deux têtes d’affiche : Pénélope Cruz et Paul Mescal sont au sommet !

Pénélope Cruz est Clara, une mère de famille italienne dans le Rome des années 70. L’affection qu’elle porte à ses trois enfants est immense. Elle leur apporte au quotidien sa joie de vivre, sa fantaisie, son sourire malgré les vicissitudes d’une vie de mère au foyer. Son mari la trompe, le cadre trop strict de la vie de couple traditionnelle l’étouffe et la rend un peu plus malheureuse chaque jour… Sa fille ainée, Adri, souffre terriblement de la situation. Elle-même en pleine quête d’identité, elle fait ce qu’elle peut, à son niveau, pour aider sa mère en perdition. Clara et Adri, deux héroïnes touchantes qui évoluent parallèlement… Quand l’une semble perdre pied, l’autre se lance dans la vie en affirmant coûte que coûte sa différence. Au coeur du film, une étonnante scène de comédie musicale unit les deux personnages. C’est Adri qui rêve d’une mère à jamais belle et vivante.

« Aftersun » est un film qui restera longtemps dans ma mémoire. Avec beaucoup de talent, Charlotte Wells nous raconte l’histoire du lien entre un père et sa jeune fille de onze ans. Sur le papier, rien de bien original. Mais c’est justement tout ce qui n’est pas raconté, la part de non-dit du film qui le rend bouleversant… La prestation de haut vol de l’acteur Paul Mescal lui donne aussi une dimension supplémentaire. Paul Mescal est Calum, Frankie Corio est Sophie. Père et fille se retrouvent en vacances quelque part en Turquie dans un hôtel. Sophie est aux anges. En rien blasée, elle savoure pleinement ce moment privilégié avec son père. Ils sont complices, s’amusent au bord de la piscine… Les joies simples des vacances sont restituées avec finesse. On découvre un père attentionné, qui communique beaucoup avec sa fille. Séparé de la mère de Sophie, Calum semble être à l’aise dans son rôle de père célibataire. Par petites touches, la film révèle un personnage tourmenté qui souhaite, avant toute chose, protéger sa fille. Difficile d’en dire plus. Ce film est un petit miracle…