Fitzgerald, Wharton, New York …

« Gatzby le magnifique » et « Sur les rives de l’Hudson » : c’est un grand plaisir de se plonger dans ces deux livres qui ont beaucoup de points communs. C’est tout d’abord New York qui est à l’honneur, la ville de tous les possibles et aussi celle des plus grandes désillusions. Les différents personnages évoluent dans une société dans laquelle la réussite économique, l’accumulation de richesses et la recherche de la renommée sont les maîtres-mots. Le succès, par tous les moyens ou presque, est l’objectif à atteindre. Certains réussissent brillamment, d’autres pas. Mais qu’en est-il de l’amour ?

« Gatzby le magnifique » est un livre étonnant car son personnage principal est très mystérieux. Il possède une gigantesque demeure sur les bords de l’Hudson qui accueille régulièrement des fêtards venus en nombre de New-York. Ces derniers profitent sans vergogne du luxe mis à disposition lors de soirées mémorables qui finissent souvent très tard. Mais quelles sont les motivations profondes de Gatzby ? Comment a t-il accumulé une telle richesse et qu’est-ce qui explique cette débauche de moyens ? C’est à travers les yeux de son voisin (le narrateur), nouvellement installé, que le lecteur découvre petit à petit la complexité du personnage. Au coeur du récit, un amour impossible dans l’Amérique post Première Guerre Mondiale. J’ai adoré le style de Fitzgerald et les surprises du récit.

Avec Edith Warthon, c’est la gloire littéraire qui est coeur des préoccupations du jeune héros nommé Vance Weston. A 19 ans, il quitte le cocon familial pour se rapprocher de New York, une ville qui le fascine. Les rêves pleins la tête, il tente de survivre malgré les nombreuses difficultés qui se présentent devant lui. Face aux contingences du quotidien, aux difficultés financières qui s’accumulent, il est bien difficile pour Vance de vivre de sa plume. Edith Wharton décrit très bien l’enfermement du personnage qui aspire à devenir un grand écrivain mais que la vie n’épargne pas. Comme dans Gatzby, il est question d’un amour déçu. Dans les deux livres, le regard porté sur le sort des femmes (souvent contraintes de se marier par intérêt) est très intéressant.

4 3 2 1

Roman de Paul Auster

Editions Actes Sud

Date de parution en France : 2018 (Traduction de Gérard Meudal)

« 4 3 2 1 » est un livre hors du commun. Ce roman est un tour de force littéraire dans lequel le lecteur se plonge avec bonheur. Car le projet de Paul Auster est en effet assez incroyable : raconter la vie d’un personnage, Ferguson, de quatre manières différentes. Un seul personnage mais quatre destins. Réunis en un seul roman.

Comme beaucoup d’histoires américaines, tout commence à Ellis Island, point d’arrivée de millions d’immigrés européens. Le grand-père du héros a quitté les confins de l’Europe centrale pour tenter sa chance en Amérique. Il surmonte beaucoup de difficultés mais parvient à s’y installer, à construire un foyer. Archie Ferguson, le petit-fils, naît quelques décennies plus tard. L’auteur se concentre sur l’enfance, l’adolescence et l’entrée dans l’âge adulte de ce personnage, sorte de double littéraire qui vit donc quatre existences différentes. A quoi tient le destin d’un homme ? Aux choix personnels, aux rencontres, à la fatalité, au hasard, à la chance… De façon vertigineuse, l’auteur nous parle de la fragilité de toute vie humaine. Nous sommes tous ballottés par des événements qui nous dépassent : que surviennent un divorce, un décès prématuré, un fait divers, une histoire d’amour, le déclenchement d’une guerre et nos vies prennent un chemin auquel nous n’étions pas forcément préparés…

Un point commun toutefois dans ces quatre destins singuliers : le goût de la chose littéraire. Ferguson est passionné par les grands auteurs et par l’écriture. Il devient apprenti écrivain ou bien journaliste. Il a la chance de partir à Paris pour assouvir sa passion pour les poètes français ou il couvre, pour le journal de son université, les manifestations étudiantes et les blocages qui on lieu à Columbia. A New York, il fait éditer de façon confidentielle ses écrits avant-gardistes. A Londres, grâce à ses relations, il rencontre un grand éditeur qui l’aide à lancer sa carrière de jeune écrivain prometteur… La vie est pleine de surprises et de bifurcations possibles.

Comment de pas tomber amoureux de New York en lisant Paul Auster ? La ville est l’un personnages principaux de « 4 3 2 1 » . Harlem, Greenwich Village, Broadway, l’Upper West Side et tant d’autres endroits sont la toile de fond de cette quadruple histoire passionnante et addictive. L’auteur aime sa ville et la rend familière à ses lecteurs. On a envie d’y aller pour flâner à Central Park ou boire un café dans les quartiers étudiants. Paul Auster est un auteur prolifique : « Brooklyn Follies« , « Cité de verre » , « Moon Palace » et beaucoup d’autres livres mettent New York à l’honneur. J’ai hâte de les découvrir.

Un jour de pluie à New York

Affiche du film (source: https://cinedweller.com )

Film de Woody Allen

Avec Timothée Chalamet, Elle Fanning, Selena Gomez, Jude Law

Date de sortie en France: 18 septembre 2019

Ashleigh (Elle Fanning), apprentie journaliste à l’université de Yardley, décroche l’interview d’un cinéaste qu’elle admire. Elle doit se rendre à Manhattan et embarque avec elle son fiancé Gatsby (Timothée Chalamet). Celui-ci est enchanté de pouvoir faire découvrir tous les endroits qu’il affectionne dans cette ville où il a grandi et où il a tous ses repères. Mais très vite, les événements auront raison du programme romantique imaginé par le jeune homme. Ashleigh, débordante d’énergie et un brin naïve, va vivre une journée insensée qui ira au delà de toutes ses attentes au gré de péripéties imprévues et inespérées. Son compagnon, désœuvré, aura lui aussi son lot de rencontres inattendues (avec un ancien camarade de lycée, la sœur d’une ancienne petite amie, une escort girl…). Le personnage de Gatsby est particulièrement intéressant. Sorte de double du réalisateur, il vit à une époque qui ne lui convient pas, ses goûts le portent vers des univers qui semblent dépassés… Le décalage entre les deux protagonistes va devenir de plus en plus flagrant à mesure que se déploie l’intrigue.

Le charme indéniable du film tient en bonne partie à la mise-en-scène très fluide que propose Woody Allen. Aux averses récurrentes qui surprennent les personnages succèdent des rayons de soleil magnifiquement mis en lumière. Dans ce New York sublimé, les personnages sont sans cesse bousculés par les événements dans une succession de scènes réjouissantes. Quelques dialogues d’anthologie parsèment le film, notamment celui entre Gatsby et sa mère. Cette dernière prend acte de la nouvelle maturité de son fils et lui dévoile une partie très surprenante de sa vie longtemps gardée secrète…

New York, la ville de tous les possibles pour quiconque se laisse porter par les événements, les rencontres. Tel semble être le message du film. Le temps de cette journée pluvieuse, Ashleigh et Gatsby se sont confrontés à cette délicieuse possibilité de voir leur vie être bouleversée et leur destin se réaliser.