Paris noir, Le bon Denis, Sinners

Une expo, un livre, un film, trois coups de cœurs ! Ont-ils un lien les uns avec les autres ? Qui sait ? Peut-être…

Le Centre Pompidou met à l’honneur des peintres, des sculpteurs, des plasticiens, des photographes, souvent méconnus; dans une très belle exposition intitulée « Paris noir. Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950-2000« . Le nombre d’œuvres exposées est impressionnant. Le visiteur découvre le travail de Avel de Knight, Bob Thompson, Iba N’Diaye Beauford Delaney, Ed Clark, Guido Llinas ou Emil Cadoo dans un parcours original et stimulant dont l’axe majeur s’articule autour de la pensée d’Edouard Glissant et le concept de créolisation.

Marie Ndiaye publie « Le bon Denis » dans la collection « Traits et portraits » dans laquelle ont été, par exemple, publiés les ouvrages de Chantal Thomas, Yannick Haenel ou Christian Bobin. Roman, récit autobiographique ? On ne sait pas trop avec Marie Ndiaye qui divise son livre en quatre parties très différentes les unes des autres dans lesquelles est évoquée la figure paternelle de façon assez mystérieuse. On retrouve la langue poétique et exigeante de l’autrice de « Trois femmes puissantes ». Son écriture est pleine de non-dits en même temps qu’elle tente de mettre des mots sur des choses très profondes. C’est prenant et émouvant.

« Sinners » est ce qu’on appelle un blockbuster avec comme tête d’affiche Michael B. Jordan qui relève le défi de jouer deux rôles dans le même film (deux jumeaux). L’action se déroule dans le sud des Etats-Unis au temps de la ségrégation. L’ouverture d’un lieu de fête pour la communauté noire est au cœur du récit, la musique et la danse étant un moyen d’échapper (le temps d’une nuit) aux souffrances du travail forcé et au racisme. Mais la violence n’est jamais loin… Le film réserve pas mal de surprises. La reconstitution est magnifique, le rythme très fluide et les scènes d’action réussies. Un vrai plaisir de spectateur.

L’Immensita / Aftersun

Deux films sortis en ce début d’année en France m’ont vraiment marqué. De nature très différente, ils abordent le thème de l’amour filial d’une façon bouleversante chacun à leur manière. Dans « L’Immensita » de Emanuele Crialese et dans « Aftersun » de Charlotte Wells, le spectateur est aussi ébloui par le talent des deux têtes d’affiche : Pénélope Cruz et Paul Mescal sont au sommet !

Pénélope Cruz est Clara, une mère de famille italienne dans le Rome des années 70. L’affection qu’elle porte à ses trois enfants est immense. Elle leur apporte au quotidien sa joie de vivre, sa fantaisie, son sourire malgré les vicissitudes d’une vie de mère au foyer. Son mari la trompe, le cadre trop strict de la vie de couple traditionnelle l’étouffe et la rend un peu plus malheureuse chaque jour… Sa fille ainée, Adri, souffre terriblement de la situation. Elle-même en pleine quête d’identité, elle fait ce qu’elle peut, à son niveau, pour aider sa mère en perdition. Clara et Adri, deux héroïnes touchantes qui évoluent parallèlement… Quand l’une semble perdre pied, l’autre se lance dans la vie en affirmant coûte que coûte sa différence. Au coeur du film, une étonnante scène de comédie musicale unit les deux personnages. C’est Adri qui rêve d’une mère à jamais belle et vivante.

« Aftersun » est un film qui restera longtemps dans ma mémoire. Avec beaucoup de talent, Charlotte Wells nous raconte l’histoire du lien entre un père et sa jeune fille de onze ans. Sur le papier, rien de bien original. Mais c’est justement tout ce qui n’est pas raconté, la part de non-dit du film qui le rend bouleversant… La prestation de haut vol de l’acteur Paul Mescal lui donne aussi une dimension supplémentaire. Paul Mescal est Calum, Frankie Corio est Sophie. Père et fille se retrouvent en vacances quelque part en Turquie dans un hôtel. Sophie est aux anges. En rien blasée, elle savoure pleinement ce moment privilégié avec son père. Ils sont complices, s’amusent au bord de la piscine… Les joies simples des vacances sont restituées avec finesse. On découvre un père attentionné, qui communique beaucoup avec sa fille. Séparé de la mère de Sophie, Calum semble être à l’aise dans son rôle de père célibataire. Par petites touches, la film révèle un personnage tourmenté qui souhaite, avant toute chose, protéger sa fille. Difficile d’en dire plus. Ce film est un petit miracle…