Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde

Film de Emanuel Parvu

Avec Bogdan Dumitrache, Ciprian Chiujdea, Laura Vasiliu

Date de sortie en France : 16 octobre 2024

J’ai eu la chance de voir en avant-première un film de la sélection officielle du dernier Festival de Cannes au titre énigmatique : « Trois kilomètres jusqu’à la fin du monde » . Aucun indice sur l’intrigue à part le reflet dans un miroir d’un homme au visage tuméfié.

L’histoire se déroule en Roumanie, dans la région du delta du Danube. Le soleil, le vent, la mer non loin… Les couleurs sont chaudes. Le spectateur prend beaucoup de plaisir à découvrir ce coin perdu et paradisiaque. Adi, le personnage principal, est un jeune homme de 17 ans de passage chez ses parents pour l’été. Une nuit, tout bascule. Une violente agression a lieu.

La violence est l’un des sujets principaux du film. La violence physique mais aussi, et surtout, la violence symbolique. La violence des préjugés, la violence du rejet, la violence des traditions archaïques et éculées… Difficile d’en dire beaucoup plus. Je veux laisser à chacun le plaisir de découvrir de quoi il est question.

La beauté du film réside dans le contraste entre cette violence omniprésente et la douceur des paysages. La nature est très présente et elle est magnifique. Toutefois, le spectateur ressent très vite, à l’instar du personnage principal, à quel point vivre loin de tout, de la ville, peut-être quelque chose d’étouffant. L’envie d’un ailleurs et d’une vie différente traverse tout le film et c’est émouvant.

Rendez-vous en octobre dans les salles pour découvrir ce film très réussi.

R.M.N

Film de Cristian Mungiu

Avec Marin Grigore, Judith State…

Date de sortie en France : 19 octobre 2022

Tant de choses à dire sur le nouveau film du réalisateur roumain Cristian Mungiu ! Commençons par son titre énigmatique : R.M.N est l’équivalent d’I.R.M. L’un des personnages du film, un monsieur vieillissant atteint de troubles neurologiques, subit cet examen de radiologie. Quant à Cristian Mungiu, c’est de façon symbolique qu’il scanne les dysfonctionnements de la société roumaine. Il choisit pour cela de s’intéresser à un village situé en Transylvanie et d’y planter le décor d’un passionnant récit.

Dans cette région de la Roumanie, de nombreuses communautés d’origine diverse se côtoient depuis des décennies voire des siècles. Les habitants parlent roumain, hongrois, allemand, maitrisent souvent plusieurs langues. La communauté rom (« les gitans ») est aussi implantée mais semble avoir déserté le village. L’arrivée de nouveaux travailleurs étrangers non-européens, embauchés par une entreprise locale, déclenche l’indignation et le rejet. La xénophobie se déchaine sans complexe. Elle paraît irrationnelle et incongrue de la part de personnes elles-mêmes issues de cultures différentes.

L’un des intérêts majeurs du film est de montrer de quelle manière le racisme trouve un écho au sein d’une population. Il se base sur des fantasmes (ici de contamination), sur des fausses informations, des rumeurs… Globalement sur l’ignorance et la peur. Dans des régions éloignées des grands centres urbains où prospère un sentiment de déclassement, le rejet de l’autre est une manière facile d’exprimer sa colère. Une scène magistrale du film illustre cette rancoeur enfouie qui ne demande qu’à exploser. Dans un long plan séquence, le réalisateur met en scène une assemblée de villageois réunis à la salle des fêtes. Les employeurs des trois travailleurs étrangers sont présents et tentent vainement de rassurer tout le monde. Cette scène est forte car elle est incroyablement réaliste et révèle notamment un autre aspect des choses : la vision qu’ont les habitants de l’Occident qu’ils considèrent comme décadent…

« R.M.N » est un film d’une grande richesse. Il y est aussi question du sentiment amoureux, du couple, de la paternité… De musique aussi. Un morceau de violoncelle célèbre, mis à l’honneur dans un autre film, occupe une place importante dans le récit. C’est une belle surprise !

« R.M.N » aurait mérité un prix à Cannes. « Triangle of sadness » est très bon film, extrêmement différent. Pour la Palme, mon coeur balance, et vous ?