Lectures de l’Est…

« Kafka. Le temps de la connaissance », par Reiner Stach, aux éditions du Cherche Midi

« La valse aux adieux », par Milan Kundera, aux éditions Folio

« Le Docteur Jivago », par Boris Pasternak, aux éditions Gallimard

En cette fin d’année 2023, mon regard est résolument tourné vers l’est ! Kafka, Kundera, Pasternak sont trois auteurs prodigieux qui aident à mieux comprendre les mystères de l’âme humaine et permettent, aux occidentaux que nous sommes, de cerner ce qui fait la spécificité des peuples d’Europe de l’Est.

J’ai déjà parlé ici du premier tome de la biographie monumentale de Franz Kafka rédigée par l’auteur allemand Reiner Stach. Vient de paraître le deuxième opus et je me suis empressé de me le procurer. J’ai hâte de découvrir la suite de ce travail minutieux et passionné, véritable coup de maître qui se lit comme un roman. Ce sont les années 1915-1924 qui sont traitées dans ce deuxième tome. Kafka poursuit son oeuvre exigeante, sans se ménager. Naissent « Le château », « Lettre au père », sa correspondance avec Milena…

De Kundera, j’avais le souvenir ébloui de la lecture de « L’insoutenable légèreté de l’être ». Tout m’avait plu dans ce roman qui mêle habilement histoire intime et histoire politique. Le style de l’auteur avait réussi à toucher quelque chose de profond en moi. Dans la « La valse aux adieux », on retrouve cette étrangeté, ce mystère qui rendent cet auteur si unique. Je ne suis pas sûr d’avoir forcément tout compris mais ce n’est pas grave. Kundera fait partie de ces auteurs qui méritent qu’on relise leurs oeuvres. Il est question dans ce livre de vie, de mort, de désir, de rejet… Et de tant d’autres choses.

« Le docteur Jivago » de Boris Pasternak bénéficie d’une nouvelle traduction aux éditions Gallimard. Je m’y suis plongé avec délices. C’est romanesque à souhait, haletant, poignant… L’histoire de la Russie est en toile de fond : les dernières années du tsarisme, les soubresauts des révolutions de 1905 et de 1917… Le docteur Jivago est un personnage attachant. On le voit grandir, aimer, s’engager. Pour les amoureux de la Russie et de sa littérature, ce livre est indispensable !

Bonnes lectures à vous, lectrices et lecteurs de ce blog qui avez la gentillesse de me suivre.

Et à bientôt, en 2024.

Lectures estivales 2023

Un programme éclectique pour mon été 2023. J’espère avoir le temps de me plonger dans toutes ces histoires…

Philip Roth est l’un de mes écrivains préférés. Sa folie, son irrévérence, son goût de la provocation s’accordent parfaitement au style vif et rageur qu’il utilise dans tous ses livres. « Professeur de désir » (paru en 1977) est, comme à l’accoutumée, un tour de force littéraire. Le couple, l’amour, la libido sont quelques uns des thèmes qu’il aborde avec son ironie habituelle mais aussi avec une vraie sincérité, sans pudibonderie aucune. L’ombre de Tchekhov plane sur ce roman et c’est une belle surprise pour le lecteur…

Plongé depuis plusieurs semaines dans l’œuvre dramatique du grand auteur russe, j’ai hâte de découvrir sa nouvelle intitulée « Ma vie. Récit d’un provincial ». La quatrième de couverture présente les choses ainsi :  » A vingt-cinq ans, Missaïl perd pour la dixième fois la petite place d’employé de bureau dans laquelle il végétait. Affligé d’une inaptitude chronique à prendre au sérieux la stricte observation des convenances et de la hiérarchie sociale qui régit la petite ville où il est né, il cherche avec une parfaite bonne foi une façon de vivre qui ne lui donnerait pas en permanence l’impression d’étouffer  » . Tchekhov n’a pas écrit que du théâtre. « La Mouette », « Oncle Vania », « La Cerisaie » font sa renommé de nos jours mais il a aussi produit une très importante oeuvre littéraire sous la forme de nouvelles. « La steppe » est sans doute l’une des plus connues.

L’amour est au centre du livre « Giocanda » de Nikos Kokantzis. L’histoire se déroule en Grèce pendant la Seconde Guerre Mondiale. Je suis curieux de découvrir l’oeuvre de cet auteur car j’ai très peu lu de littérature grecque.

Je reviens toujours à Murakami. Cette fois-ci par ses nouvelles et un recueil intitulé « Première personne du singulier ». Ici aussi il est question de rencontres, d’amour charnel mais aussi de jazz, de base-ball. Dans l’univers de cet auteur, tout est possible, comme le fait qu’un singe soit doué de parole… Huit nouvelles qui vont sûrement me rappeler des souvenirs. J’ai tant aimé ses romans (L’incolore Tsukuru, Chroniques de l’oiseau à ressort, Kafka sur le rivage, La ballade de l’impossible…).

Et vous, quel est le programme ?

Enfance. Adolescence. Jeunesse

Léon Tolstoï

Folio Classique

Anna Karénine, La Guerre et la Paix, La mort d’Ivan Ilitch… Ce sont quelques unes des œuvres les plus connues de Léon Tolstoï. Elles sont lues et commentées depuis des décennies car la modernité du style a forcé l’admiration de nombreuses générations de lecteurs. Des personnages inoubliables peuplent ces romans et nouvelles qui décrivent si bien la vie d’un monde finissant, celui de la Russie tsariste de la fin du XIXème siècle.

C’est avec grand intérêt que j’ai découvert une œuvre moins connue qui s’intitule « Enfance. Adolescence. Jeunesse« . Tolstoï s’inspire largement de son propre vécu quand il écrit, dès l’âge de 24 ans, ce récit qui devait contenir initialement quatre parties (le projet littéraire d’origine avait pour titre »Quatre époques d’une évolution« ). Dans de courts chapitres, l’auteur décrit les joies et les peines d’un jeune garçon de bonne famille, entouré d’une famille aimante, éduqué de façon stricte à domicile par des précepteurs. Comme toujours avec Tolstoï, les tourments intérieurs des personnages sont décrits avec une grande précision et beaucoup de finesse. Les pages consacrées au décès de la mère du narrateur sont, de ce point de vue, remarquables. L’auteur dépeint avec justesse ce que peut ressentir un enfant face à la mort d’un parent .

Ces trois récits décrivent le processus de socialisation d’un petit garçon qui devient un homme, sa progressive autonomisation ou émancipation, sa découverte du sentiment amoureux. La narrateur nous fait part des sentiments contradictoires voire chaotiques qui l’habitent, des avancées ou des reculs qu’ils estiment faire dans sa vie affective ou spirituelle. Il grandit tout simplement. L’entrée à l’université marque une étape importante car elle est synonyme d’élargissement du cercle social qui ne se limite plus à la cellule familiale. Le narrateur consacre de belles pages au rapport privilégié qu’il entretient avec son frère aîné Volodia, qui est successivement modèle, ami ou rival selon les époques. De façon générale, Tolstoï nous présente une galerie de personnages passionnante. La grand-mère, la jeune sœur, les précepteurs, les domestiques, les amis connus à l’université… Tout un monde qui a peuplé sa jeunesse et qu’il fait revivre pour l’éternité.

« Et j’étais toujours seul, et j’avais toujours l’impression que la nature mystérieusement imposante, le cercle lumineux et attirant de la lune, qui s’était immobilisé, Dieu sait pourquoi, en un point indéfini et élevé de ce ciel bleu pâle, mais qui en même temps était partout en semblait remplir tout l’immense espace en moi, infime vermisseau déjà souillé de toutes les mesquines passions humaines, mais doué d’une faculté d’aimer illimitée et puissante, j’avais toujours l’impression à ces moments-là que la nature, la lune et moi, nous ne faisions qu’un. »