Il Boemo

Film de Petr Vaclav

avec Vojtech Dyk, Barbara Ronchi, Elena Radonocich…

Date de sortie en France : 21 juin 2023

Quelle audace de réaliser un film sur un homme que tout le monde, ou presque, a oublié. Josef Myslivecek, surnommé « Il Boemo » est un grand compositeur du XVIIIè siècle, contemporain de Mozart. A son époque, il est reconnu pour son talent exceptionnel. Peu de gens, aujourd’hui, s’en souviennent.

Le film de Peter Vaclav rend un très bel hommage à cet homme passionné qui se donna tout entier à son art. La reconstitution est splendide. Il Boemo travaille à Venise, Bologne, Naples, retourne parfois à Prague, sa ville d’origine. Son parcours est marqué par les rencontres car se faire connaître des puissants est essentiel pour pouvoir travailler. Il Boemo est bel homme, plaît beaucoup aux femmes et son charme n’est pas étranger à son succès. Le film reconstitue merveilleusement bien l’atmosphère libertine et sensuelle de l’époque. Le personnage rencontre aussi l’amour mais les conventions sociales empêchent beaucoup de choses…

« Il Boemo » est un film assez impressionnant. C’est visuellement très beau et la dimension tragique du personnage émeut. On découvre avec beaucoup de plaisir l’oeuvre de cet illustre inconnu grâce à de nombreux extraits d’opéras ou de symphonies. A ne pas rater pour tous les amoureux de musique classique.

Kafka, Jankélévitch

Un passage à la librairie et deux lectures qui m’attendent : un recueil de nouvelles de Franz Kafka et un livre écrit par la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury sur Vladimir Jankélévitch.

Les éditions Allia font paraître un très beau petit livre intitulé « Les fils » qui réunit trois nouvelles de Franz Kafka. Le titre du recueil est celui que l’auteur avait choisi lui-même en 1913 avant de décider de les faire paraître séparément. « Le verdict », « Le Mécano » et « La métamorphose », trois textes qu’il me tarde de découvrir. “Il existe entre ces trois textes un lien manifeste, et même au-delà, un lien secret” écrit Kafka… J’ai lu récemment la « Lettre au père » que j’ai trouvée particulièrement émouvante. On devine que l’histoire familiale et intime de l’auteur a eu de grandes conséquences sur sa vie d’écrivain, sur son oeuvre.

La collection « Un été avec… » s’agrandit avec un nouveau titre consacré à Jankélévitch. J’ai, dans le passé, lu avec beaucoup de plaisir les ouvrages consacrés à Rimbaud, Homère, Montaigne… Cynthia Fleury est, par ailleurs, une autrice et une philosophe que je trouve très pertinente. J’ai hâte de découvrir son texte sur ce philosophe dont l’oeuvre m’est pour le moment presque totalement inconnue. Une phrase de la quatrième de couverture me parle directement : « Jankélévitch nous apprend le charme de l’instant, les joies de l’action, nous met en garde contre les conformismes de la pensée et les mondes enrégimentés » .

Une version radiophonique de cet été avec Jankélévitch est disponible sur France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/un-ete-avec-jankelevitch

Sur l’Adamant / The Quiet Girl

Si vous avez la chance d’avoir une salle de cinéma près de chez vous qui programme « Sur l’Adamant » ou « The Quiet Girl », allez-y ! Il est peut-être trop tard, mais je vais en dire deux mots quand même.

Le premier film est un documentaire, le deuxième une oeuvre de fiction. L’Adamant désigne un lieu réel (une péniche parisienne créée spécialement pour accueillir des patients qui souffrent de maladies psychiques), la fille calme (ou tranquille) est Cáit, jeune irlandaise négligée par ses parents envoyée, le temps d’un été, vivre auprès de parents éloignés…

La délicatesse est un mot qui convient bien à ces deux films. Nicolas Philibert, le réalisateur du documentaire, filme avec beaucoup de tendresse les patients qui font vivre ce lieu si particulier qu’est l’Adamant. La galerie de « personnages » est riche et intéressante. Le spectateur sourit parfois mais est surtout très touché. Cela fait beaucoup de bien de voir et d’entendre ces personnes en décalage avec les normes sociales habituelles. Ces gens, qu’on côtoie peu voire jamais dans la vie de tous les jours, évoquent leur quotidien et parlent de la vie en général avec une forme de poésie unique. C’est parfois déroutant mais aussi instructif. Si éloignés et pourtant si proches de nous, ces femmes et ces hommes parlent sans filtre, avec le coeur.

Le film « The Quiet Girl » met aussi en avant un personnage passionnant. La petite Cáit est, elle aussi, cabossée par la vie. Elle fait partie d’une famille nombreuse et ses parents ont bien du mal à s’en sortir. Le manque de soin, de tendresse, d’écoute fait des ravages. Elle se mûre dans le silence. Une chance lui est offerte : s’extraire du milieu familial pendant deux mois et vivre différemment. Grâce aux soins de parents de substitution remplis d’amour et d’attention, quelque chose en elle se débloque et s’épanouit enfin. La performance de l’actrice principale, Catherine Clich, est impressionnante. Son regard et son sourire timide expriment tellement de choses.

Autre film que je souhaite voir absolument : Burning days (moi qui adore le cinéma turc, notamment tous les films de Nuri Bilge Ceylan)

Elle et lui

Film de Leo McCarey

avec Irene Dunne, Charles Boyer…

1939

Quel plaisir de découvrir, un peu par hasard, un très beau film américain de 1939 dont le titre original est « Love affair ». Elle, c’est Terry, lui c’est Michel. Ils se rencontrent à bord d’un transatlantique, lieu ô combien romantique. C’est un lieu transitoire, hors du temps… Ni l’un ni l’autre ne sont libres car à New York les attendent celui et celle qu’ils doivent épouser. Pourtant, une attirance réciproque naît et, malgré la pudeur et le sens du devoir qui animent les deux personnages, elle ne fait que croître tout au long du voyage qui dure une dizaine de jours. A l’occasion d’une escale sur l’île de Madère, Terry fait la rencontre de la grand-mère de Michel et découvre de façon plus intime la vie de ce bel inconnu…

Le film possède un charme énorme. Le scénario est plein de surprises car une fois arrivés à New York, les deux personnages sont confrontés à plusieurs difficultés. Un deuxième film commence… Quant aux deux interprètes principaux, Irene Dunne et Charles Boyer, ils sont irrésistibles. Leur jeu est délicat, subtil. Ils savent mettre une petite dose d’humour, leurs yeux frisent et expriment beaucoup de choses.

Un vrai coup de coeur !

Le film a fait l’objet d’un remake dans les années 50, avec Cary Grant et Deborah Kerr, toujours réalisé par Leo McCarey !

Derniers coups de ❤️ …

Roman, nouvelles, essai, expo : envie de partager quelques découvertes enthousiasmantes faites récemment…

« Les Hauts de Hurle-vent » (« Wuthering heights ») d’Emily Brontë est une lecture qui secoue. Les personnages de ce roman sont inoubliables. Leurs sentiments sont exacerbés ; tous, pratiquement, frôlent la folie. Une grande violence parcourt le livre de bout en bout. On pense aux tragédies shakespeariennes, à leur lyrisme, à leur noirceur.

Les nouvelles et contes de l’écrivain argentin Julio Cortázar sont une autre très belle découverte. La collection Quarto chez Gallimard permet de plonger dans l’oeuvre foisonnante de cet auteur. Elle s’inscrit dans une tradition, celle du réalisme magique. Ses histoires sont inquiétantes, mystérieuses, pleine d’invention, magnifiquement construites.

Le livre de Jean-Christophe Bailly, malicieusement intitulé « Paris quand même » est un régal. L’auteur partage sa vision de la capitale, ville qu’il adore par dessus tout. Il promène le lecteur dans les quartiers qu’il connaît bien, parfois méconnus du grand public, constate les évolutions récentes en terme d’architecture, d’aménagement… Quelques coups de griffes parsèment le livre (à l’encontre de la mairie, d’hommes d’affaires connus qui s’accaparent le patrimoine) mais cet essai très personnel est surtout, à mes yeux, une déclaration d’amour érudite et passionnée qui permet de voir Paris sous un autre oeil.

Christian Bobin est un auteur qu’il faut lire et relire. « Ressusciter » contient la dose habituelle de petits miracles littéraires. Par des mots simples, Bobin touche en plein coeur car il fait inlassablement l’éloge de la beauté, de la poésie, du dépouillement… Etre attentif aux choses, aux autres, se débarrasser du superflu pour s’ouvrir à la vie véritable. Ses livres sont courts mais tellement remplis !

Une très belle exposition a lieu en ce moment à la Maison Européenne de la Photographie (jusqu’au 21 mai 2023). Elle est consacrée à la photographe sud-africaine Zanele Muholi. Militante, elle réalise depuis des années de nombreux clichés qui documentent la vie des personnes noires et LGBTQIA+ de son pays. La rétrospective est passionnante.

Envies de lecture : Les éclats / La petite-fille

Deux livres, sortis tout récemment, me font très envie. Les nouveaux romans de Bret Easton Ellis « Les éclats » et de Bernhard Schlink « La petite-fille ».

Bret Easton Ellis est un auteur incontournable de la littérature contemporaine. « Moins que zéro », « Lunar Park », « American psycho » sont quasiment devenus des classiques. Un nouveau roman de l’écrivain californien est forcément un événement. Ses ouvrages fascinent, irritent, révulsent… Sans être un spécialiste, je crois que cet écrivain a su capter quelque chose du mal qui ronge les sociétés occidentales. Ses thèmes favoris : la vacuité, la violence, l’égoïsme… Son dernier livre « Les éclats » met en scène un personnage du nom de Bret, qui au début des années 80, se passionne pour l’écriture. Il rédige un roman intitulé « Moins que zéro »… Comme dans « Lunar Park », l’auteur semble jouer la carte de la vraie-fausse autobiographie. Cela m’intrigue…

« Le liseur » de Bernhard Shlink est un roman magnifique dont je conseille vivement la lecture. J’ai entendu beaucoup de bien de son nouveau livre « La petite-fille ». Kaspar est libraire à Berlin. Il découvre tardivement (suite au décès de son épouse) qu’une partie de sa famille lui est inconnue. En effet, sa femme avait abandonné un enfant en RDA avant de passer à l’ouest. Il tente de renouer le fil et fait ainsi la connaissance de sa fille Svenga et de sa petite fille Sigrund. Difficile de recréer un lien, d’autant plus que le fossé culturel et idéologique est immense… J’imagine que l’auteur explore les blessures et fractures de l’histoire contemporaine de l’Allemagne comme il l’avait fait dans « Le Liseur ». J’espère trouver le temps de me plonger dans ce livre très bientôt.

Les commentaires de celles et ceux qui ont lu l’un ou l’autre de ces livres sont les bienvenus !

Vivre de mes rêves. Lettres d’une vie / La solitude Caravage

Deux lectures, très différentes, font mon bonheur en ce moment. La correspondance d’Anton Tchekhov réunie dans un très bel ouvrage joliment intitulé « Vivre de mes rêves. Lettres d’une vie » (Editions Robert Laffont) et une biographie (ou essai biographique) du Caravage par Yannick Haenel (Editions Fayard).

Anton Tchekhov écrivit un nombre incalculable de lettres tout au long de sa vie. Il s’adresse à sa famille, à ses amis, à ses contacts professionnels… Le lecteur découvre mille et un détails de la vie du jeune médecin dont la vocation littéraire s’affirme d’années en années. Tchekhov est un homme drôle, facétieux, moqueur, exigeant… C’est aussi la vie quotidienne en Russie qui est décrite en filigrane : les séjours à la campagne, les voyages en train, les rites religieux,… L’univers de l’écrivain, qui est passé à la postérité, transparaît dans quasiment chaque lettre. On y découvre aussi la description de nombreux personnages hauts en couleur qui ont sûrement été une source d’inspiration pour le dramaturge.

Yannick Haenel est un auteur que j’adore. Le livre « La solitude Caravage », qu’il a fait paraître en 2019, est un petit bijou. Il y décrit sa passion dévorante pour l’œuvre du grand peintre italien. Cette passion naît à l’adolescence, période pendant laquelle le jeune Yannick se morfond dans un pensionnat sinistre. Il se réfugie dans les livres et découvre un jour la beauté vénéneuse d’une femme peinte au XVIè siècle par Le Caravage. Il s’agit d’une figure biblique, celle de Judith. Cette image l’ensorcelle, lui fait connaître ses premiers émois érotiques. Dans de courts et passionnants chapitres, l’auteur tente de percer les secrets du génie. Yannick Haenel sait merveilleusement partager l’amour qu’il porte à ce peintre en quête d’absolu. La vie incroyablement romanesque du Caravage (plusieurs fois emprisonné, courtisé par les plus grands princes de son époque…) est passionnante mais c’est surtout la force de son art qui est mise en avant. L’auteur nous offre une réflexion captivante sur l’acte de création.

Le déversoir. Poèmes minute / Croire. Sur les pouvoirs de la littérature

Arthur Teboul et Justine Augier croient au pouvoir des mots, à la puissance des récits, à l’importance des écrivains dans notre société et dans notre vie intime… Ils croient tous les deux que la littérature peut changer le cours des choses, s’inscrire dans une forme d’éternité, toucher à l’universel. Les lire aujourd’hui donne du baume au coeur. La littérature a encore de beaux jours devant elle si elle continue d’être défendue par des personnes aussi passionnées…

Le projet d’Arthur Teboul s’inscrit dans la lignée du travail mis en place jadis par les surréalistes : l’écriture automatique de poèmes, sans but, sans intention, libérée de toutes contraintes et d’esprit de sérieux. C’est dans le métro parisien, qu’un jour, le jeune auteur lâche les chevaux. Un mot écrit sur un carnet, associé à un autre. Nom commun, adjectif, verbe, complément… Les phrases inattendues se forment, pleines de surprise. Se constitue petit à petit, au fil des mois, un ensemble de « poèmes minutes » réunis aujourd’hui en un recueil intitulé « Le déversoir ». Arthur Teboul conçoit la poésie comme un contre-pouvoir, comme un art émancipateur et subversif. Les poèmes ici réunis ont pour but de donner envie de poésie, de lire ou d’écrire soi-même des poèmes. Le besoin de poésie est en chacun de nous : ouvrons les yeux, laissons notre esprit vagabonder, changeons de regard sur les choses… Un pas de côté qui fait du bien.

Le livre de Justine Augier est singulier. C’est un hommage très émouvant à sa mère (Marielle de Sarnez) disparue en 2020 d’une leucémie. C’est aussi une ode à la littérature, à la place des livres dans nos existences. De nombreux écrivains ont marqué celle de Justine Augier. Elle les cite abondamment (Camus, Ernaux, Carrère, Beauvoir, Gary,…), fait référence aux livres conseillés par sa mère, raconte aussi comment elle s’est forgée une culture littéraire personnelle, choisie. L’épreuve du deuil est évidemment difficile et dans les livres, elle cherche des réponses… Car les livres consolent, font grandir, peuvent aider à surmonter des épreuves. La lecture a aussi un sens politique : elle éduque au silence, à l’écoute, à la prise en compte de l’expérience d’autres que soi. Justine Augier a pendant longtemps vécu à l’étranger (notamment en Afghanistan), s’est beaucoup intéressée à la guerre en Syrie. Ce livre lui permet aussi de rendre un vibrant hommage aux opposants politiques qui se sont battus avec courage contre le régime de El Assad. Ecrire est pour Justine Augier un moyen de faire en sorte que les combattants de la liberté, et leurs souffrances, ne soient pas oubliés.

L’Immensita / Aftersun

Deux films sortis en ce début d’année en France m’ont vraiment marqué. De nature très différente, ils abordent le thème de l’amour filial d’une façon bouleversante chacun à leur manière. Dans « L’Immensita » de Emanuele Crialese et dans « Aftersun » de Charlotte Wells, le spectateur est aussi ébloui par le talent des deux têtes d’affiche : Pénélope Cruz et Paul Mescal sont au sommet !

Pénélope Cruz est Clara, une mère de famille italienne dans le Rome des années 70. L’affection qu’elle porte à ses trois enfants est immense. Elle leur apporte au quotidien sa joie de vivre, sa fantaisie, son sourire malgré les vicissitudes d’une vie de mère au foyer. Son mari la trompe, le cadre trop strict de la vie de couple traditionnelle l’étouffe et la rend un peu plus malheureuse chaque jour… Sa fille ainée, Adri, souffre terriblement de la situation. Elle-même en pleine quête d’identité, elle fait ce qu’elle peut, à son niveau, pour aider sa mère en perdition. Clara et Adri, deux héroïnes touchantes qui évoluent parallèlement… Quand l’une semble perdre pied, l’autre se lance dans la vie en affirmant coûte que coûte sa différence. Au coeur du film, une étonnante scène de comédie musicale unit les deux personnages. C’est Adri qui rêve d’une mère à jamais belle et vivante.

« Aftersun » est un film qui restera longtemps dans ma mémoire. Avec beaucoup de talent, Charlotte Wells nous raconte l’histoire du lien entre un père et sa jeune fille de onze ans. Sur le papier, rien de bien original. Mais c’est justement tout ce qui n’est pas raconté, la part de non-dit du film qui le rend bouleversant… La prestation de haut vol de l’acteur Paul Mescal lui donne aussi une dimension supplémentaire. Paul Mescal est Calum, Frankie Corio est Sophie. Père et fille se retrouvent en vacances quelque part en Turquie dans un hôtel. Sophie est aux anges. En rien blasée, elle savoure pleinement ce moment privilégié avec son père. Ils sont complices, s’amusent au bord de la piscine… Les joies simples des vacances sont restituées avec finesse. On découvre un père attentionné, qui communique beaucoup avec sa fille. Séparé de la mère de Sophie, Calum semble être à l’aise dans son rôle de père célibataire. Par petites touches, la film révèle un personnage tourmenté qui souhaite, avant toute chose, protéger sa fille. Difficile d’en dire plus. Ce film est un petit miracle…

La plus que vive

Christian Bobin a disparu le 23 novembre 2022. Lire aujourd’hui « La plus que vive » (paru en 1999) est assez bouleversant car la mort (et la vie) est le sujet principal de ce livre. En un peu plus de 100 pages, l’auteur nous parle, avec une grande sensibilité, de Ghislaine, une amie très proche décédée brutalement en 1995 à seulement 44 ans. L’hommage rendu est absolument magnifique. Il est destiné aux trois enfants de Ghislaine, Hélène, Clémence et Gaël, que l’auteur connaît bien. En s’adressant à eux, en posant sur le papier des mots d’une beauté folle, Christian Bobin soigne aussi, semble t-il, la terrible blessure que représente la perte d’une amie chère. C’est passionnant de voir, pages après pages l’auteur tenter de décrire avec le plus d’honnêteté possible le lien qui les unissait. Les leçons de vie qu’il a apprises à son contact sont toujours ancrées en lui, vivantes, indestructibles. L’auteur ne parle d’ailleurs pas de Ghislaine au passé…

Difficile de parler de ce livre poignant que je vais lire et relire sans aucun doute. J’ai envie de découvrir toute l’œuvre de Bobin qui a consacré sa vie aux mots, à la recherche de la justesse et de la beauté.

« Printemps 1951, je viens au monde et je commence à dormir. Automne 1979, je te rencontre et je m’éveille. Eté 1995, je me découvre sans emploi, transi de froid. Mon emploi, c’était de te regarder et de t’aimer. Un vrai travail, à temps plein. Pendant seize ans j’étais le plus occupé de hommes : assis dans l’ombre, je te regardais danser sur les chemins. »